LES JÉSUITES ET I/ENSEIGNEMRNT
d'avoir aussi soin d'exercer leurs élèves à des thèmes écrits, à des disputes et conférences, " qui, dit-il, sont peut-être plus utiles que les expositions des maîtres. „ Il avait grandement raison, et il est à regretter que ce sage précepte soit encore si peu suivi dans notre enseignement actuel ! Quant aux auteurs anciens, Loyola ordonna de ne les faire lire que dans des éditions expurgées, pour ne pas corrompre Tesprit de la jeunesse.
Ce système qui, tout bien considéré, est, si non original, assez ingénieux pour son époque, eut immédiatement beaucoup de succès. Favorisés par les princes, les jésuites pouvaient promettre de hautes positions aux élèves qui auraient fréquenté leurs écoles ; et, en eflfet, dans l'intérêt de l'ordre, les pères cherchèrent à pousser partout leurs anciens scolasti^ties externes dans les places importantes. ** Celui qui ne faisait pas étudier ses enfants chez les jésuites, n'était pas estimé bon catholique, et ceux qui avaient été dans leurs collèges, avaient leur passe-partout, „ dit un de leurs adversaires, quarante ans plus tard (*). — Enfin, leur enseignement était complètement gratuit ; et étant donnée la nature des hommes, même les plus riches, cette gratuité fut d'une très grande utilité pour les écoles des jésuites, — surtout comme celles-ci n'en étaient pas moins regardées comme parfaitement distinguées.
Du reste, l'activité enseignante des jésuites ne se bornait point à l'instruction des laïques notables, mais s étendait aussi au clergé. Les princes aimaient beaucoup à leur confier l'éducation des jeunes prêtres, parce qu'ils donnaient, surtout dans les premiers temps de leur ordre,
(*) Ant. Arnould. Plaidoyer, 16^.
Texemple de raustérité des mœurs et d'une stricte surveillance. Ils purent bientôt se vanter de leurs succès immenses dans renseignement. " Nous voyons, dit un de leurs plus anciens historiographes (^), briller dans la pourpre cardinalice beaucoup de ceux qui, peu de temps auparavant, essuyaient encore les bancs de nos écoles. D'autres sont parvenus au gouvernement des cités et des Etats. Nous avons élevé des évêques et leurs conseillers : même d'autres communautés religieuses ont été remplies de nos disciples. „ Bientôt il n'y eut aucune classe de la société, aucun intérêt politique ou spécial, où les jésuites n'eussent pris pied par leur activité enseignante. Par cette seule branche de leurs travaux, ils étaient déjà devenus une puissance universelle.
Ainsi l'ordre de Jésus avança, avança toujours, porté et soutenu par la protection de tous les papes — sauf Paul IV, ennemi des Espagnols en général. Mais, si nous faisons abstraction de lui, le saint siège comprenait fort bien et à toutes les époques, de quelle utilité énorme les jésuites étaient pour lui; il ne comprenait peut-être pas suffisamment que, de plus en plus, les souverains pontifes deviendraient nécessairement eux-mêmes les esclaves de ces redoutables serviteurs.
Paul III, en 1 549, accorda au général la faculté d'absoudre de toute peine ecclésiastique tous les membres de la société, excepté pour les cas énormes réservés au saint siège. On voit de quelle d'importance un tel droit était pour l'indépendance et pour la liberté de mouve-
(') Orlandino. lib. VI, cap. 70,