LA RÉFORME A NAPLE
niigli, prieur des Augustins deNaples. Cest autour de cea deux hommes que se forma, dans le faubourg de Chiaja, ui\ groupe de partisans nobles ou érudits et surtout d'amies de la réforme religieuse. Nous ne citerons parmi eux que Galéace Caracciolo, chambellan de Tempereur, jeune homme issu d'une des premières familles de Naples, fort aimé pour ses grandes qualités de cœur et d'esprit; l'illustre poétesse Victoire Colonna, marquise de Pescaire^ confidente intime de Michel-Ange; Julie Gonzague, duchesse de Trajetti, célèbre alors comme la plus belle femme de son époque. Dans ces réunions d esprits savants et élégants, on n'entendait point parler de dogmes sévères, de prédestination tyrannique; tout homme, d'après leur conviction, pouvait gagner le salut éternel en reconnaissant le Christ et en croyant en lui. " Je dois éviter comme le feu, disait Valdès, de persécuter qui que ce soit d'une manière quelconque, sous le prétexte de servir ainsi Dieu. „ Toute torture infligée inutilement au corps, toute dureté envers les partisans de doctrines différentes lui semblaient expressément interdites (*).
Une doctrine aussi éclairée, aussi noble et aussi sympathique, devait gagner nécessairement beaucoup de disciples. Un protonotaire apostolique, ancien secrétaire du pape Clément Vil, Pierre Carnesecchi, passa résolument aux amis de Valdès. L'archevêque d'Otrante comptait parmi les intimes du réformateur de Naples; il l'assista dans ses derniers instants — Valdès mourut jeune encore, en 1541 — et recommanda partout la lecture de ses écrits. On a dit plus tard que Valdès avait tué plus d âmes que
(•) J. DE VALDès. 110 Cûnsiderazioni, iirs. 69-76-79.
170 l'inquisition romaine.
tous les lansquenets ensemble n'avaient détruit de corps. En effet, les idées réformatrices possédaient près de trois mille adhérents à Naples, et parmi eux bien des professeurs et des instituteurs (^). Le mouvement s'étendit jusqu'aux bénédictins de l'antique couvent du Mont-Cassin où le moine Baptiste Folengi, entre autres, embrassa la réforme Q. Elle trouva également de nombreux partisans dans d'autres provinces d'Italie. A Sienne, le savant humaniste et poète, Aonio Paléario de Veroli, professa hardiment le dogme de la Justification d'après les doctrines allemandes. Paléario fut traduit devant la justice, et quoique acquitté, il dut quitter Sienne; mais il y laissa beaucoup de coreligionnaires. Appelé successivement à Lucques et à Milan comme professeur, il propagea dans ces deux villes les idées réformatrices. A Lucques surtout, une nombreuse communauté de protestants se constitua autour de lui. Ce fut là que Pierre-Martyr, après avoir quitté Naples, fonda un institut qui, en apparence, était destiné aux novices de son ordre, mais qui, en réalité, fut une école protestante, bientôt fréquentée par les jeunes gens des premières familles de la petite république. Le gouvernement luimême montra, par des actes publics, un penchant pour les convictions nouvelles. Les Anciens s'abstenaient de prendre une part officielle aux rites de l'Eglise; en 1540 on abolit à Lucques l'observation des fêtes des saints Q. Le principal protagoniste des tendances réformatrices mystiques et populaires était Bernardin Ochino, de Sienne. Cet enthousiaste étrange, qu'une piété ascétique avait fait
(•) K. Benrath, Bernardino Ochino (Leipzig, 1875), p. 77.
(•) Il publia des commentaires sur les psaumes, h Bâie, 1557.
(') Masi, 7- Burlamacchi g Renata tTEste (Bologne 1876), p, 79, note 3.