RENÉE DE FERRARE
entrer dans Tordre des franciscains de la stricte obser* vance, avait passé à Tordre encore plus sévère des capucins, immédiatement après sa fondation. Son zèle, ses pénitences, son érudition, sa prédication passionnée et entraînante lui avaient procuré la plus grande célébrité dans lltalie entière, avec le renom dun saint, la position de vicaire général de son ordre et le titre honorifique de missionnaire apostolique. Sans se déclarer ouvertement pour la réforme, il ne s'appuyait que sur la bible, tant dans ses livres que dans ses sermons.
Les partisans déclarés de la nouvelle religion trouvaient un appui assuré et des secours efiicaces auprès de la duchesse Renée de Ferrare (*). Cette princesse française, fille du roi Louis XII, possédait une instruction littéraire et même savante. Elevée dans les tendances réformatrices de sa cousine, la reine Marguerite de Navarre, elle était bien plus énergique et plus sincère que celle-ci. Mariée à un prince vulgaire et dissipé, elle avait fait de sa petite cour le centre de réunion des érudits, des poètes et des protestants persécutés. Depuis 1528, par son influence et celle de son entourage , la population nombreuse de sa résidence, ville grande et brillante à cette époque, avait été gagnée aux convictions hétérodoxes. De la capitale, elles se répandirent dans les autres parties du duché. Modène surtout fut bientôt, non sans cause, regardée comme une ville hérétique Q. Lévéque Morone lui-même y favorisait les novateurs. L*académie de cette
(*) J. Bluumer, /^ena^a vûft Fdrrara (Francfort 1870). — Masi, 7 Burlamtuchi e Renata (TEste.
C) Morone au card. Contarini, 21 mai 1542; Epistolae Reginaldi Poli, t. III, p. 267, s. — Morone au card, Santa-Croce, 25 juillet 1542; Dittrich, JUgesten und BrUfe 0?«/flri«/> (Braunsberg 1881), p. 397 s.
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ville, composée en partie de célèbres humanistes, appar^ tenait tout entière à la réforme. Les prédicateurs catho-^ liques se voyaient attaqués et bafoués dans 1 église même Q). Calvin, chassé de France, était resté pendant plusieurs mois à la cour de la duchesse Renée qui entretint ensuite avec lui une correspondance suivie.
Aussi, en 1530, le pape Clément VII s'écriait-il douloureusement : " L'hérésie contagieuse de Luther se montre non seulement chez les personnes laïques, mais aussi chez les prêtres et les moines ! „ 11 n'avait pas tort : dans toutes les villes d'Italie un peu considérables, il y avait un ou plusieurs hommes éminents qui professaient des opinions plus ou moins hérétiques. Un Florentin, Brucioli, traduisit la bible en toscan et attaqua ouvertement le clergé catholique. Jusque dans la ville papale de Bologne, nous trouvons des communautés protestantes. Mieux encore, à Rome même, capitale du catholicisme, l'hérésie avait pénétré, victorieuse et triomphante, dans les rangs du clergé et fait de plusieurs ecclésiastiques romains, les propagateurs des idées nouvelles (^) .
La papauté reconnut bien vite tout le danger que l'accroissement continuel de l'hérésie dans la péninsule apportait à sa propre sûreté, voire même à son existence. Déjà Adrien VI, cet homme honnête, simple et sincère, qui n'était resté que trop peu de temps sur le trône des apôtres, avait voulu combattre l'hétérodoxie par des réformes sérieuses, destinées à faire revivre l'ancienne grandeur de l'Eglise et à faire disparaître le mécontentement des peu-
(») Cantu, II, 156.
(•) Benrath, dans YAUgemeine Zeitung d'Augsbourg, supplément du 6 awil