LES PAPES KT LÀ RÉFOKME
pies. Dans cette intention, il avait appelé auprès de lui, Jean- Pierre Caraffa et Marcel Gaétan, connus par leur zèle religieux et Taustérité de leurs mœurs. Puis il résolut de réprimer la vente simoniaque des bénéfices ecclésiastiques pratiquée sur une vaste échelle par la Daterie romaine, d'abolir les Expectatives, de détruire le commerce des indulgences. Mais la curie, intéressée au maintien de ces abus lucratifs, avait entravé, par une résistance passive et par mille obstacles, ces innovations salutaires. On était allé jusqu'à accuser le pape de •* sentir le luthérien. „ Ainsi, catholicisme et corruption semblaient identiques aux chefs mêmes de 1 Eglise !
Quinze ans plus tard, le pape Paul III reconnut la nécessité de conserver au saint siège les Italiens éminents qui, tout en penchant vers les doctrines nouvelles, ne s'étaient pas encore ouvertement séparés du catholicisme. Il espérait ainsi enlever aux sectaires leurs chefs les mieux doués et les plus estimés et donner à l'Eglise de nouveaux défenseurs qui pourraient lui être bien utiles dans la lutte qui devenait de plus en plus acharnée et générale. Ce pontife se persuadait, avec raison, que ces grands talents, hésitant encore et peu sûrs du chemin qu'ils devaient prendre définitivement, seraient bientôt entraînés par rimmense organisation ecclésiastique dans laquelle il les attirait, charmés par les honneurs dont il les comblait, et satisfaits de l'activité grande et importante à laquelle il les conviait. Il commença donc, en 1536, à nommer d'abord cardinal ce Vénitien Gaspard Contarini, dont nous avons déjà parlé. Puis, sur le conseil de Contarini, il ajouta au Sacré Collège : le Modénais Jacques Sadolet, poète et écrivain élégant, mais en même temps prêtre d'une sim-
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plicité et d'une admirable austérité de mœurs, qualités qu'il avait déployées sur le siège épiscopal de Carpentras ; l'Anglais Réginald Pôle, qui avait quitté sa patrie pour ne pas suivre le schisme de Henri VIII, mais qui avait embrassé la doctrine allemande de la Justification ; Ghiberti, évêque de Vérone, homme non moins capable dans les grandes afTaires politiques que dans les affaires religieuses. Le pape consultait aussi avec prédilection Frédéric Frégose, archevêque de Salerne et le Modénais Badia, Maître du Sacré Palais. Tous ces prélats étaient favorables à une
réforme fondamentale de l'Eglise ; presque tous avaient été membres du fameux Oratoire de TAmour divin. Paul III se les attachait intimement ; ce fut là un coup de maître de la part du pontife : peut-être par ce fait a-t-il sauvé le catholicisme en Italie.
Paul semblait réellement avoir l'intention d'employer ces hommes éminents à réaliser des réformes sérieuses. Il obligea les cardinaux à éviter tout scandale public dans leur conduite. Les réunions du Sacré Collège devinrent plus fréquentes et plus sérieuses. On n'y parlait plus que de changements et d'améliorations ; on y discutait gravement les canons proposés dans ce dessein. Q) Enfin le souverain pontife institua, en 1537, une commission de quatre cardinaux et de cinq prélats pour élaborer un plan général pour Tabolition des abus. Rien ne paraît plus sérieux que les ordres donnés à chacun de ces commissaires : " Nous espérons t'avoir élu pour que tu rétablisses Tautorité du Christ déjà oubliée par les laïques et par nous autres
(') Cart/. Contarini au card. Pôle, Komt, 12 mai 1537; QuiRiNi, 11,30. — Vard. Contarini au card. Farnhe, 27 juin 1541 ; DiTTRiCH, 20'S.