‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 72 sur 215 · GRANDE ACTIVITÉ DE CARAFFA · texte numérisé non relu

GRANDE ACTIVITÉ DE CARAFFA

dans le giron de TÉglise. Aussi Caraffa entra-t-il immédiatement en action.

Quoiqu'il ne fût plus riche, il loua à ses propres frais une maison qu'il arrangea pour servir de résidence au St-Office : avec des chambres pour les officiers et fonctionnaires, et surtout des cachots munis de fortes serrures, de chaînes et de tous les instruments de torture (^) ; il étudia ces détails avec un véritable amour de l'art. Rien de plus caractéristique et en même temps de plus efficace que les quatre maximes qu'il établit pour l'activité future de rinquisition : punir même le soupçon d'hérésie ; n'avoir aucun égard pour la grandeur séculière ou ecclésiastique d'un personnage; châtier principalement ceux qui veulent s'appuyer sur les puissants ; et n'employer jamais la douceur envers les hérétiques, surtout envers les calvinistes, regardés par l'Eglise comme ses pires adversaires. Dans ses conversations privées, il énonçait également ce principe important : ** Le St-Office doit travailler avant tout à punir les Grands, quand ils sont hérétiques, parce que le salut de la classe inférieure dépend de leur punition.,, Cet inquisiteur, dans son intelligence politique peu scrupuleuse,était évidemment un disciple habile de l'école de Machiavel! En effet, un des premiers auxquels l'inquisition fit le procès, fut l'évêque de Bergame, Victor Soranzo, appartenant à une des plus nobles familles de Venise. Il fut incarcéré au château St-Ange et privé définitivement de son siège épiscopal. La sévérité déployée envers des hommes considérabIes,produisit une impression profonde et salutaire, au point de vue de l'Eglise, sur la

(*) Les biographes de Caraffa lui en font la plus grande glaire ; Bro- MATOf II, 185.

182 l'inquisition romaine.

masse des protestants secrets. Les procédés de Caraffa trouvèrent d'abord beaucoup de contradicteurs, même parmi les cardinaux et jusque chez les souverains-pontifes ; mais il y tenait avec toute son opiniâtreté et toute sa ferveur, et à la fin, il put les réaliser et remporter une victoire, sanglante mais complète, sur les adversaires et sur les amis trop tièdes de TEglise romaine.

Avec de telles maximes, Caraffa ne pouvait manquer de délinquants. Peu de temps après le rétablissement de l'inquisition, les prisons regorgèrent de monde. Partout il avait des espions ; les accusations étaient rendues très faciles ; sur le moindre soupçon on incarcérait les gens (*).

Une des premières victimes que visa 1 inquisition fut le célèbre prédicateur Bernardin Ochino, vicaire général de Tordre des capucins. Paul III essaya de se faire livrer cet hérésiarque par la Seigneurie de Venise, mais il échoua. Alors on résolut de le prendre par la ruse (^). Le cardinal Farnèse, petit-fils de sa Sainteté, lui écrivit à Vérone en l'invitant poliment à se rendre à Rome, " pour affaires importantes. „ Ochino qui savait fort bien qu'on avait fait venir à Rome des témoins à charge contre lui, se méfia naturellement de la demande du cardinal. Cependant, après avoir reçu un ordre péremptoire de se rendre dans la capitale de la chrétienté, il se mit lentement en route. Chemin faisant, il reçût tant d'avis qu'on lui préparait le sort le plus terrible, s'il n'abjurait complètement ses convictions hérétiques, qu'à Florence il prit la résolution de désobéir et de quitter l'Italie. Ascane Colonna, frère de la célèbre Victoire, lui donna un cheval et un domestique, la

(*) MuRATORi, Annali (PJtalia, t. X. p. 361. (•) Benrath. Ochino, p. 114 ss.

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