PREMIERS ÉMIGRANTS PROTESTANTS
duchesse Renée de Ferrare le fournit de vêtements et d'ustensiles de voyage. 11 échappa à tous les dangers et arriva à Genève où il trouva un asile assuré contre les persécutions des inquisiteurs. Ascane Colonna continua de lui envoyer des sommes d'argent.
Un autre capucin, célèbre comme prédicateur, frère Jérôme de Melfi, le suivit dans la Rome calviniste. L'ordre tout entier était infecté des idées de son général ; plusieurs de ses membres furent incarcérés par les inquisiteurs, d'autres durent abjurer ; pendant quelque temps l'existence même de la communauté fut menacée, jusqu'à ce que la majorité du collège des cardinaux résolut de la maintenir. Dès lors elle devint un des plus fermes soutiens du catholicisme en Italie.
Un autre des anciens chefs du mouvement protestant à Naples, Pierre-Martyr Vermigli, avait été cité, lui aussi, devant le tribunal de la foi. Ami intime d'Ochino, il le suivit de près dans sa fuite. L'inquisition lança contre lui un mandat d'arrêt et invita les princes d'Italie à le mettre en exécution. Mais il sut échapper aux embûches que ses adversaires lui avaient dressées, et il arriva sain et sauf à Genève.
L'inquisition était inconsolable d'avoir vu ces deux hérésiarques échapper à son pouvoir. Caraft'a, qui se croyait spécialement appelé par la Providence à la destruction des hétérodoxes, publia une lettre à Ochino dans laquelle il n'attaqua pas seulement ses opinions, mais aussi son caractère. Cependant, quoique obligée de renoncer à ces deux victimes, l'inquisition avait atteint par leur évasion son but principal : elle avait enlevé au protestantisme italien ses prédicateurs et ses guides les plus consi-
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dérables et les plus suivis. Ochino surtout était regardie' par les cardinaux mêmes comme le véritable chef du luthéranisme en Italie. Mais quimportait sa mort et celle de Vermigli aux intérêts du catholicisme } N'était-ce pas au fond la même chose, de les avoir chassés à jamais de la péninsule ? Leur voix éloquente, leur grand exemple n'étaient plus là pour entraîner des milliers d'âmes pieuses dans leur voie. Ce fut un coup terrible porté à la cause de la réforme en Italie, et jamais elle ne s'en releva.
Un autre de ces premiers propagateurs du protestantisme en Italie, Celio Curione, se vit un jour entouré des sbires envoyés contre lui par le Saint-Office. Mais, comme il était un homme grand et fort, il prit son couteau et, le brandissant, il traversa le cercle des archers qui n'osèrent pas l'attaquer. Puis sautant sur son cheval, il courut vers la Suisse qu'il put atteindre sans obstacle. Après ces évènements, la peur s'empara des protestants secrets, surtout à Modène où ils se trouvaient en grand nombre. Beaucoup d'entre eux cherchèrent à se sauver en accusant leurs compagnons ; d'autres s'enfuirent en Allemagne.
L'inquisition sévit ainsi cruellement dans toute l'Italie. Les haines de famille et les factions politiques, qui divisaient presque toutes les villes, lui vinrent en aide, aussi bien que la haine des moines contre les humanistes ; les adversaires s'accusaient mutuellement Q). Partout des luttes, des dénonciations, des craintes; peu d'héroïsme, beaucoup de lâcheté et de bassesse ! C'était bien déjà l'Italie de la décadence, dégénérée, sans force ni grandeur
(*) Gard, de Ravenne au card. Contarini; Qammi, III, 208.