PREMIERS ÉMIGRANT8 PROTESTANTS
morale ! L'académie de Modène se sépara. On était bien loin dans la presqu'île des Apennins du courage héroïque dont les protestants ont fait preuve en Allemagne, en France et en Ecosse.
Comme Vermigli avait été prédicateur de la communauté protestante de Lucques, ce fut contre cette ville que dans Torigine l'inquisition dirigea ses coups. Déjà dans sa première année, en 1542, les persécutions avaient commencé dans la petite république et y avaient forcé un certain nombre de suspects à prendre la fuite (*). Le sénat s'était d'abord montré fort tiède à prêter main forte aux exigences de Rome ; mais comme la république était constamment menacée par l'ambition de Côme de Florence, qui, avec l'aide de son ami l'empereur, désirait l'incorporer dans son duché, elle ne voulut pas fournir un prétexte à ses dangereux adversaires pour commencer les hostilités contre elle. Un jour, l'agent de la république, Louis Balbani, se trouvant à Bruxelles, avait été, par la faveur du chancelier Granvelle, caché derrière la tapisserie de la chambre de l'empereur et avait écouté un entretien entre Charles-Quint, le nonce apostolique et l'envoyé de Côme de Médicis, entretien dans lequel il s'agissait de dépouiller Lucques de sa liberté, si elle continuait à donner de mauvais exemples en matière de religion (^). Cette nouvelle inquiéta fort les Anciens du petit Etat. Ils publièrent donc, de temps en temps, des édits sévères contre ceux qui énonceraient des opinions héré-
(*) Cantu, t. II. p. 467 ss.
(•) Ce fait qui. de prime abord, semblerait trop romanesque pour être vrai, €St prouvé aujourd'hui par les archives mêmes de Lucques: Masi, J BurlamacchU, p. 84.
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tiques ou qui posséderaient des livres hétérodoxes. Ils établirent même, en 1545, de leur propre autorité, un Office de la religion pour rechercher et punir les novateurs.
Le plus célèbre des hérétiques de Lucques était François Burlamacchi qui, unissant le libéralisme politique au libéralisme religieux, voulait en même temps réduire rÉglLse à la pauvreté primitive par le moyen dun concile, chasser le pape d'Italie et rétablir la liberté à Florence et à Pise pour former une ligue républicaine de toutes les villes de Toscane (^). Le sénat fut obligé de le livrer à l'empereur qui, en 1548, lui fit trancher la tête.
Tout cela ne satisfit pas encore le zèle sanguinaire de l'inquisition de Caraffa. Elle essaya à différentes reprises de forcer le sénat de Lucques à recevoir dans sa ville un inquisiteur apostolique. Heureusement, l'évêque de cette ville était un cardinal fort influent à Rome, Guidiccioni. Grâce à son appui et en prenant elle-même, d'un autre côté, l'initiative de quelques persécutions, Lucques réussit chaque fois à écarter les inquisiteurs étrangers qui lui paraissaient, non sans cause, un danger permanent pour son indépendance et pour sa liberté. Nous verrons que plus tard elle eut à soutenir encore une lutte assez vive contre le désir des inquisiteurs romains de fonder dans la petite république toscane un tribunal affilié.
La ville de Naples avait été le théâtre le plus vaste des efforts d'Ochino et de Vermigli. Mais l'accès en était plus difficile pour l'inquisition de Rome, à cause de la domination de l'Espagne qui n'aimait point l'ingérence, dans ses affaires intérieures, d'un pouvoir étranger,
(*) Ma8I, J. Burlamacchi, p. 87.