I/INQUISITION ROMAINE
chait bien encore à sauver de leurs rigueurs quelques individus, mais en général il n'osait pas les contredire. Ainsi le 1 5 février 1 55 1 , il publia une bulle défendant, sous les peines les plus rigoureuses, à toute personne privée ou publique d'empêcher en quoi que ce fût, les serviteurs du St -Office dans l'exercice de leurs fonctions Q. Jules aurait volontiers nommé cardinal le patriarche d'Aquilée, Jean Grimani, que la Seigneurie de Venise recommandait chaudement; mais comme les cardinaux inquisiteurs se déclaraient contre ce prélat, autrefois suspect d'hérésie, il n'osa pas passer outre (^). 11 permit à Caraflfa, en 1553, de rassembler de tous les côtés des exemplaires du Talmud arrachés aux malheureux Hébreux, et de brûler ces livres publiquement, au Marché des fleurs, à Rome. Par une bulle spéciale, il avait ordonné à tous les juifs de déposer immédiatement leurs exemplaires entre les mains des inquisiteurs. Il est vrai que cet édit eut peu de résultat.
Une autres fois, on vit Caraflfa parcourir les rues, un jour de jeûne, accompagné de nombreux sbires de l'inquisition et suivi d'un grand nombre de mules. Il s'arrêta à toutes les auberges, boucheries et boutiques de marchand de comestibles pour confisquer impitoyablement tout ce qu'il y trouvait de viande dont il chargea les mules pour transporter le butin et le distribuer aux hospices. Qu'on se figure les cris de détresse des malheureux boutiquiers, les rires et les lazzi de la foule attirée par ce singulier spectacle, et enfin le cardinal, avec sa sinistre figure d'ascète, passant impertur-
(") Bullarium Romanum, t. I, p, 799 ss.
(•) De Leva, Giovanni Grimani; Atti delR. Jstituto vetitio, série V, t. VII