‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 77 sur 215 · CARACTÈRE DE CARAFFA · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE CARAFFA

bable au milieu de cette cohue, avec ses sbires et ses bêtes de charge succombant sous le fardeau de plus en plus lourd des victuailles. C'est une scène fort caractéristique de la Rome de ce milieu du XVI* siècle, époque de transition entre le libéralisme payen et le cléricalisme absolu !

Du reste, Caraffa ne sévit pas seulement à Rome, mais aussi dans les autres villes de TEtat pontifical. En 1553, il fit amener à Rome le premier propagateur des doctrines réformées à Bologne, MoUio ; on lui fit son procès et on le brûla vif. L'inquisition n'agit pas moins cruellement à Ferrare, dont le duc était vassal du saint-siège. Lesjésuites s'y introduisirent en 1 551, et par leur espionnage ils ouvrirent la voie à toutes les persécutions. Fannio Faentin et George Sicule furent appréhendés et brûlés, d'autres jetés en prison, d'autres exilés. On n'eût égard ni au sexe, ni à 1 âge, ni au rang.

Les autres membres de la congrégation de cardinaux pour l'inquisition étaient remplacés chaque année : Caraflfa seul y resta toujours en qualité de grand-inquisiteur. Aussi finit-il par réunir entre ses mains tout le pouvoir effectif, les autres ne donnant que leurs signatures pour couvrir ses décisions. Il inspirait de la peur à tout le monde, ce Jean-Pierre Caraffa. Grand vieillard, sain et robuste, marchant, malgré ses soixante-quinze ans, de manière à ne pas sembler toucher à la terre ; tout nerf presque sans chair; le mouvement brusque, l'œil ardent et vigoureux ; d'humeur colérique, mais d'une gravité et d'une grandeur incroyables dans tout ce qu'il faisait,il produisait sur chacun l'impression d'être né pour le commandement et lerègne(*).

(1) Relazione di Bern. Navagero (1558); Albéri, série II, t. III, p. 379.

Page 1