Chapitre il
Succès et triomphe de l'Inquisition romaine.
Redoublement de rigueurs de l'inquisition sous Paul IV. — Le cardinal Pôle. — L'inquisition en France et en Italie. — La ville de Modène.
— Procès du cardinal Morone et de deux évêques. — Le premier Index prohibitorum et ses effets. — Empiétements de l'inquisition sur les pouvoirs temporels. — Révolte des Romains h la mort de Paul IV. — Pie IV et l'inquisition. — Renée de Fcrrare. — Avènement de Pie V.
— Persécutions k Naples. — Massacre des Vaudois de Calabre. — Les Vaudois des Alpes. — Résistance des Milanais à l'introduction de l'inquisition espagnole. — Persécutions dans le Milanais. — Antipathies populaires contre l'inquisition. — Influence de l'Espagne sur l'Italie. — Mantoue. — La Valtelline. — Venise et l'inquisition. — Tolérance des Médicis k Florence. — Sienne. — Procès de Camesecchi. — Procès de Paleario. — Lucques. — L'inquisition amène la décadence intellectuelle et artistique de l'Italie. — Caractère et mœurs de Pie V. — Ses édits intolérants et cruels. — L'inquisition devient indépendante de la papauté elle-même. — Grand nombre de procès religieux k Rome. — Victoire complète de l'inquisition en Italie. — L'alliance entre la papauté et l'Espagne.
Le nouveau pontife resta fidèle à son principe terrible mais aussi efficace que courageux, de frapper surtout les chefs les plus haut placés de Thérésie. Tout le monde s'y attendait; aussi son élection fut-elle le signal d'un sauvequi-peut général parmi les évêques et les nobles italiens qui avaient Thabitude d'encombrer les rues de Rome et les antichambres du Vatican. Lequel, dans cette foule élégante,
mondaine et frivole, pouvait se croire sûr de ne pas être suspect à l'austère et terrible inquisiteur qui venait de s asseoir sur le trône de saint Pierre ? Tous les cardinaux qui avaient jadis incliné vers des opinions modérées ou vers la paix avec les protestants, tremblèrent pour leur dignité et même pour leur liberté. Les exemples terrifiants ne manquèrent pas.
Le cardinal Pôle avait été chassé d'Angleterre par Henri VIII pour sa fidélité envers l'Eglise catholique ; renvoyé plus tard dans son pays par Paul III comme nonce apostolique, pour y rétablir la religion traditionnelle avec l'aide de la reine Marie Tudor, il y avait rendu les pluséminents services au catholicisme. Tout cela ne fut compté pour rien. Il suffisait que Pôle se fût un peu rapproché autrefois des protestants dans la doctrine de la justification, et qu'il aimât les belles lettres à 1 égal de la théologie, pour que Paul IV sévit contre lui. Pôle, du reste, s'était opposé, en 1542, à la réorganisation du saint-office, et il avait été deux fois près d'être élu pape et surtout d'être préféré, en 1555, à Caraflfa lui-même: cause de haine pour l'ambitieux et rancunier pontife ! Malgré les instances de la reine Marie, si méritante pour la curie romaine. Pôle fut révoqué de ses fonctions de nonce et rappelé à Rome, sans aucun doute pour être frappé d'une accusation devant le tribunal de la foi. Cependant la prompte obéissance du cardinal, qui se soumit sans murmure à l'ordre du pape, apaisa un peu la haine du pontife. Pôle put mourir tranquillement en Angleterre, le 18 novembre 1558.
Comme on devait s'y attendre, Paul IV donna immédiatement une nouvelle impulsion à l'inquisition de Rome. Il ordonna que dans le délai de trois mois tous les