RIGUEURS DE PAUL IV
hérétiques fissent abjuration de leurs erreurs devant leurs évéques, pour recevoir leur pardon ; et que, ce délai expiré, l'inquisition agît envers les coupables avec une extrême rigueur (*). Il commanda en outre à la Congrégation de l'inquisition de se réunir régulièrement une fois par semaine, sous sa propre présidence. Il s'identifia ainsi complètement avec le saint-office. Jamais il ne renonça à cette chère habitude d'assister tous les jeudis à la congrégation ; et même lorsque ses ennemis eurent pris Anagni et étaient aux portes de Rome il allait tranquillement la présider (^). Il voulait qu'elle fût toute puissante ; et dans ce but il essaya d'enlever aux évèques d'Italie tout pouvoir de se mêler des affaires de l'inquisition. La centralisation seule lui semblait garantir l'identité des procédés, une surveillance prompte et active, une sévérité toujours égale et sans égard pour les influences locales. Le grand-inquisiteur surtout devait être investi d'un pouvoir terrible, présent partout, craint par l'Italie entière, faisant trembler tout le monde, le pape même, devant ce juge suprême qui était en état de pénétrer jusqu'aux plus secrets mouvements du cœur et de l'esprit, et cjui pouvait punir les intentions aussi bien que les actes. 11 établit donc dans les différentes villes des inquisiteurs particuliers , ne dépendant que de la congrégation fomaine, qui avait à juger en dernier ressort et sans appel tous les faits d'hérésie. Plus encore: il adjoignit aux tribunaux dépendant du saint-office des laïques zélés pour aider et, le cas échéant, pour contrôler et dénoncer
(*) Raynaldi, AnnaUs eccUsiasHci ad an. 1555, nr. ô'f.
(*) Relaz. di Bern. Navagero (Rome 1558); Albéri s. II t. lll. p. 382.
les inquisiteurs : c'était le même système d'espionnage universel comme chez les jésuites ! " Cette résolution fut prise, dit un historien de Tinquisition Q), parce que non seulement un très grand nombre d'évêques, de vicaires, de moines et de prêtres, mais encore beaucoup de gens de 1 inquisition même étaient hérétiques. „ Quel singulier aveu ! 11 prouve suffisamment, combien est fausse la prétention de bien des auteurs catholiques de vouloir nous persuader que le protestantisme n'avait trouvé que fort peu de partisans en Italie, qu'il y avait été exclusivement une importation étrangère et artificielle, opposée toujours au véritable caractère national. Nous voyons, au contraire, qu'il avait pénétre bien avant dans toutes les classes de la population urbaine, et que seule la force brutale des papes, des inquisiteurs, des princes séculiers, et un terrorisme inouï jusqu'alors dans la péninsule Ty a détruit !
Aussi quelle joie pour Paul IV que la demande de Henri II de France d'établir également dans son royaume l'inquisition apostolique! 11 se hâta d'acquiescer à ce désir du roi très chrétien, et il chargea les cardinaux français d'y organiser le saint-office (1557). Mais le génie de la nation était alors trop opposé à une telle entreprise pour qu'elle pût réussir: Le zèle des inquisiteurs ne répondit pas en France aux espérances de Paul aussi bien qu'en Italie Q.
Mais là il triompha complètement.
Nous savons combien la seconde capitale des Este, la ville de Modène, était infestée d'hérétiques, protégés ou
(') Caracciolo, Compendio délia Santa inquisnione, (•) Ratnaldi. ad an. Xhh't nr 29.