MODÈNE
du moins tolérés par les plus hautes autorités tant ecclésiastiques que séculières. Placés eux-mêmes en grande partie dans une position brillante ou influente, magistrats, nobles, académiciens, ces protestants qui déguisaient à peine leurs doctrines, étaient restés longtemps sans être aucunement inquiétés. Une première alerte avait eu lieu en 1543. Enfin Paul iV intervint d'une manière décisive. Le 1®' octobre 1555, quelques mois seulement après son avènement, il expédia au duc de Ferrare un bret dénonçant les coupables et exprimant la crainte de voir la ville entière corrompue par eux, si Ton ne portait immédiatement remède à cet état de choses intolérable (*). Il exigeait en conséquence l'arrestation immédiate et le transfert dans la ville papale de Bologne, de quatre personnes parmi lesquelles se trouvait le comte Ludovic Castelvetro, écrivain alors fort célèbre qui avait exercé les plus importantes magistratures de sa ville natale, telle que celle de conservateur de la cité. Les habitants de Modène tenaient pour un de leurs privilèges de n'être jugés que dans leur propre ville. Ils protestèrent donc vivement contre la demande du pape ; mais le duc Hercule II, craignant la colère de l'irascible pontife, envoya à Rome, après quelques tergiversations, deux des inculpés qui du reste se retractèrent et furent alors remis en liberté. On avait donné le temps de s enfuir aux deux plus considérables, Castelvetro et Valcntin, prévôt de la cathédrale. Le premier fut condamné à mort par l'inquisition de Rome, mais il n'en vécut pas moins tranquillement en Suisse et en Allemagne. Il mourut à Chiavehne, en 1571. Cependant,
(») Ca.xtu. t. 11, p. 168.
200 TRIOMPHE DE L'iNQUISITION.
Je coup avait porté. Bien des Modénais imitèrent Texcmple de Castelvetro, et, effrayés par les rigueurs de l'inquisition, ils se condamnèrent eux-mêmes à un triste exil en Allemagne, en Suisse ou en France.
Les procès contre les Modénais mirent en évidence le fait que l'ancien évêque de leur ville, le cardinal Morone, avait fait preuve de beaucoup d'indulgence envers les coupables. Morone était déjà depuis longtemps suspect au parti zélé; on l'accusait de pencher vers le protestantisme. Les académiciens de Modène, afin de se disculper et de s'attirer des partisans, avaient tout fait pour persuader au monde que leur évêque partageait entièrement leurs doctrines. Sous Jules III, l'inquisition, c'est-à-dire Caraffa, avait voulu s'attaquer à Morone; mais ce pape qui l'estimait beaucoup et l'avait même envoyé en qualité de légat apostolique à la diète d'Augsbourg, le protégea et fit même à cette occasion des reproches violents aux inquisiteurs. Aussi lorsque Caraffa devint pape, saisit-il l'occasion de prendre sa revanche de cet échec. En juin 1557, il fit enfermer Morone au château de St-Ange, en compagnie de deux autres prélats: Foscarari, successeur du cardinal comme évêque de Modène, et Sanfélice, évêque de La Cava. Quel coup terrible de la part de ce pontife fanatique : un cardinal et deux évêques traités comme des hérétiques vulgaires ! Quelle formidable alTirmation de la toutepuissance de l'inquisition ! L'envie, la méchanceté et le désir de faire la cour au pape ou à l'inquisition, ne tardèrent pas à soulever une foule d'accusations contre Morone. Parmi les nombreux témoins à charge qui affluèrent au tribunal, plusieurs varièrent étrangeme.it dans