‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 82 sur 215 · PROCÈS DE MORONE · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MORONE

leurs dépositions, s'avancèrent pour se rétracter immédiatement quand on les pressa, puis, encouragés par les enneniis puissants des accusés, s'avancèrent de nouveau (^). Morone composa une longue justification où il fit valoir avec raison qu'avant le concile de Trente et surtout avant le pontificat de Paul IV, une plus grande liberté de penser sur les points litigieux entre protestants et catholiques avait régné parmi la plupart des théologiens, que principalement pour ses colloques avec les luthériens d'Allemagne, les papes antérieurs lui avaient laissé le choix de trouver lui-même des formules pour tomber d'accord avec eux ; que partant il n avait pas dépassé les limites de ses instructions. Il dut reconnaître cependant, que quelquefois il s'était exprimé, en Italie même, d'une manière peu orthodoxe sur plusieurs dogmes catholiques; mais qu'après réflexion il s'était toujours retracté. Tout cela démontrait victorieusement qu'au fond Morone était assez porté vers les doctrines luthériennes, mais qu'il n'avait jamais eu le courage de s'en déclarer réellement le partisan.

Paul IV comprit, en effet, que ces accusations ne suffisaient pas à justifier le terrible scandale de déclarer hérétique, devant le monde entier, un cardinal de la Sainte »

Eglise. Il ne voulait pas cependant s infliger le démenti de laisser acquitter un prélat célèbre emprisonné par son ordre. 11 lui offrit de le faire mettre en liberté " par bienveillance, quoiqu'on eût .trouvé chez lui quelquesunes des erreurs qui aujourd'hui peuvent se dire géné-

(1) Qu'on voie entre autres Texèmple de Pergola, Caîîtu, t. H, p. 173,

202 TKIOMPHK DE L'INQUISITION.

raies. „ Mais Morone eut assez de fermeté ou plutôt de prudence pour ne pas accepter une telle faveur qui lui aurait attaché une note d'infamie et qui aurait rendu impossible pour toujours sa position parmi ses collègues les cardinaux. 11 demanda donc qu'on reconnût officiellement son innocence. Le pape s'y refusa de son côté parla raison que nous venons d'indiquer : et Morone resta ainsi au château de St-Ange jusqu'à la mort de son adversaire, arrivée en 1559. Alors ses collègues, qui désapprouvaient eux-mcmes les rigueurs excessives de Paul IV, le délivrèrent et le convoquèrent même pour siéger dans le conclave réuni pour Télcction du nouveau pontife. Celui-ci — Pie IV — personnellement enclin à une réforme modérée, l'acquitta formellement en le déclarant " entièrement innocent „ {innocentissimum) de toutes les accusations portées contre lui, ce qui était aussi exagéré. Morone fut même appelé à jouer, comme nous le verrons plus tard^ un rôle important pendant la troisième réunion du concile des Trente.

Son successeur comme évêque de Modène, Aegidius Foscarari, fut relâche par Paul IV lui-même, après un emprisonnement de sept mois, les faits mis à sa charge n'étant point prouvés. Mais lui aussi, il ne fut formellement acquitté que sous Pie IV. La sentence finale déclara sans détour, que l'incarcération de Foscarari avait été faite sur l'ordre oral et direct de Paul IV.

Mais il ne s'agissait pas seulement pour Paul de sévir contre des individus, il fallait aussi faire tarir les sources mêmes de l'hérésicen étendant sur le monde chrétien entier un vaste système d'oppression intellectuelle et d'emprisonnement de l'esprit. Voilà où il voulut en arriver

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