‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 83 sur 215 · LB PREMIER INDE!C PROHIBITORUM · texte numérisé non relu

LB PREMIER INDE!C PROHIBITORUM

en décrétant \ Index librorum prohibitorum^ la première liste générale de livres défendus.

Ce n'était pas là une chose tout à fait nouvelle. Déjà la bulle In coena Domtnz 3yd\t excommunié les hérétiques ou ceux qui liraient leurs ouvrages. Paul IV lui-même, lorsqu'il s'appelait encore le cardinal Caraffa, avait publié en 1543, comme nous le savons, en sa qualité de grandinquisiteur, un édit draconien contre tous imprimeurs, marchands ou détenteurs d'écrits hétérodoxes. Mais comme ces derniers n'étaient détaillés ni dans la bulle ni dans l'édit, personne ne savait quels livres étaient défendus et lesquels ne l'étaient pas. Différents inquisiteurs avaient essayé de combler cette lacune en dressant des listes délivres prohibés ; mais ces listes n'avaient aucun caractère général et n'étaient obligatoires que pour la localité même où elles avaient été composées. Charles-Quint fit publier, par l'Université de Louvain, les premiers Indices officiels pour tous les Pays-Bas; leducdeFlorcnce suivit son exemple; en 1558, l'inquisition d'Espagne le fit également pour ce grand royaume. Enfin, en 1 559, Paul IV fit paraître le premier /«dex romain, valable pour l'Eglise entière et servant de base et de modèle à tous ses successeurs. Il était divisé en trois parties : la première contenait les auteurs dont on défendait tous les écrits, même ceux qui n'avaient pas de caractère religieux — tous étaient des hérétiques manifestes; la seconde énumérait les ouvrages prohibés spécialement ; la troisième tous les livres anonymes publiés depuis 1519. On nommait en outre dans cet Index soixante-douze imprimeurs dont toutes les publications furent défendues aux lecteurs orthodoxes ; tout libraire qui aurait jamais édité un livre hérétique, fut frappé d'interdit — exagération injustifiable

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à tous les points de vue. Des livres lus jusqu'alors généralement et sans scrupules et même des ouvrages approu- ' vés par des papes antérieurs, comme les Atifiotatians au Nouveau Testametit ^Y.t^<xï\^^ trouvèrent leur place dans \ Index 'j des écrits qui tendaient à affaiblir la puissance papale en faveur de l'épiscopat ou des pouvoirs séculiers, subirent le même sort. Des traités très orthodoxes mais commentés par des hérétiques furent également prohibés par \ Index de Paul IV. Jamais le monde n'avait vu d'attentat pareil à la littérature et à la science. Le jîontife fit figurer dans cet Index jusqu'au rapport même qu'en 1 538 lui et ses collègues de la commission de réforme avaient composé et présenté officiellement à Paul III ! 11 est vrai que les protestants s'en étaient emparé et l'avaient imprimé pour prou . '^.r combien les chefs de l'Eglise en avaient eux-mêmes reconnu et condamné la corruption.

Ce premier Index prahiôitorum eut des conséquences désastreuses. L'inquisition y tenant la main avec la plus persévérante sévérité, presque tous les livres défendus disparurent rapidement de l'Italie. Des ouvrages répandus naguère par 40 ou 50 mille exemplaires, comme celui sur le Bienfait du Christ, devinrent bientôt introuvables. A Rome, à Naples, un peu partout, fumaient les bûchers où les livres proscrits brûlaient en masses énomies. La campagne entreprise par Paul IV contre toute liberté et indépendance de penser avait pleinement réussi. On n'osait et on ne pouvait plus avoir d'autres convictions que celles que l'Eglise avait marquées de son estampille.

Pendant les premières années de son pontificat, Paul IV avait été très occupé de ses luttes politiques et militaires contre les Habsbourg et des faveurs accordées à ses ne-

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veux qu'il voulait enrichir et unir aux familles princicres. Mais en 1558, il dut faire sa paix avec Philippe II; et bientôt après, il se convainquit de la profonde immoralité de ses parents qu'il dépouilla alors résolument de toute autorité et qu'il bannit de sa présence. A partir de ces événements, il ne songea plus qu'à détruire les abus de l'Eglise; et dans cette œuvre de renaissance Tinquisition, cette création favorite de Paul IV, joua un grand rôle. 11 augmenta encore ses privilèges; il lui donna le droit de soumettre les accusés à la torture pour leur arracher l'aveu non seulement de leurs propres fautes, mais aussi de celles de leurs complices. Il enleva, par une bulle du 2 1 décembre 1558, à tous ceux qui, pour réfuter les livres des hérétiques,r avaient obtenu du saint-siège lui-même, la permission de lire les livres défendus ; autorisation qui, disait- il, avait entraîné plus de personnes en erreur que produit de l'utilité Q. Ce fut ce même pape qui poussa l'inquisition d'Espagne à redoubler de rigueur, à sévir contre tous les suspects d'hérésie, sans distinction de rang ou de sexe; il écrivit en ce sens au roi Philippe II et il livra au saint -office l'archevêque de Tolède, primat des Espagnes (^). Ce fut lui encore qui établit la fête de saint Dominique pour célébrer la mémoire du fondateur de Tordre inquisiteur par excellence Q. Il éleva enfin au rang de cardinal et de grand-inquisiteur le frère Michel Ghislieri, fameux par sa rigidité inflexible.

Jamais l'inquisition romaine n'avait incarcéré, torturé, décollé ou brûlé tant de personnes, dont plusieurs appar-

(') Haynaldi ad. an. 1558 nr. 21.

(•) Ibid. ad an. 1559 nr. 18-21.

(") Bullar. Roman, t. I, p. 835 s.

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tenaient aux classes les plus élevées de la population, tant laïque qu'ecclésiastique, que dans les derniers mois du pontificat de Paul IV. Il avait écrit aux princes et aux gouverneurs d'Italie de faire traduire à son sanglant tribunal tous les malheureux emprisonnés dans les différentes villes pour cause de religion (*). II eut la hardiesse de déclarer, par une bulle du 15 février 1559, tous les princes, rois ou empereurs qui penchaient vers Thérésie, dépouillés pour toujours de leurs pays et dominations et passibles de la peine capitale. S'ils venaient à résipiscence, le pape leur octroyait gracieusement la permission de s'enfermer dans un couvent et d'y vaquer à une pénitence perpétuelle " au pain de douleur et à l'eau de la tristesse (^).„ Ce défi au pouvoir temporel, renouvelé du XIII* siècle, est d'autant plus étonnant qu'il fut jeté à une époque où la moitié des princes d'Europe avait abandonné pour toujours le giron de l'Eglise! On voit à quel degré, presque ridicule, de fanatisme 'ce vieillard s'était monté ! Dans la même année il publia une autre bulle qui aggrava encore les peines édictées antérieurement contre les hérétiques, et cette fois sans aucune exception, même en faveur des souverains pontifesqu'il voulait voir soumis, eux aussi, au saint-office.

Enfin Paul IV mourut le 18 août 1559, mais non sans avoir recommandé spécialement l'inquisition aux soins particuliers du collège des cardinaux. Un cri de soulagçment s'éleva de toutes les poitrines, après la disparition de ce fanatique implacable. Le peuple de Rome lui-même,

0) Rbtnàldi ad an. 1559, n» 22.

(") Suliar. Roman, t. I, p. 840.

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