RENÉE DE FERRARE
château de Montargis où elle vécut encore quinze ans, professant hautement le calvinisme et se faisant laide et la consolatrice de milliers de persécutés. Mais les papes, les jésuites et l'inquisition avaient réussi à détruire, en Renée de France, la protectrice de Thérésie à Ferrare.
Comme elle, son amie, Olympie Morata, avait quitté Ferrare : femme célèbre par ses brillantes études latines et grecques, par Télégance de son style et par ses qualités de philosophe et de poète. Gagnée par les opinions protestantes, elle épousa un jeune savant allemand également hérétique, Grunther, et se rendit avec lui à Heidelberg où il professa le grec. Elle y mourut fort jeune encore.
Cependant le protestantisme, bien que gravement atteint, n'était pas encore tué à Ferrare par les persécutions de r inquisition et par Téloignement de la duchesse Renée. Plusieurs fois encore, le saint-office eut à y faire des exécutions en masse, comme celle de seize persoimes en 1568, et celle de quinze moines en 1571. Le duc Alphonse lui-même, malgré la dureté qu'il avait déployée envers sa mère, n'échappa pas au soupçon de favoriser en .secret les hétérodoxes. Jamais l'Eglise n'avait fait preuve de tant d'intolérance et de tant de cruauté.
Pie IV s'était montré, dans l'affaire de Renée de France, le rigide défenseur de l'orthodoxie romaine : poussé par son neveu saint Charles Bon'omée, par l'inquisition et par ce que semblait exiger la situation dangereuse de l'Eglise, il continua le même système. Le l" novembre 1561 il publia une bulle (*) qui, pour rendre plus efficace les
(l) BuLLAB, Roman, t. II, p» 57.
procès intentés aux hérétiques, dispensait les inquisiteurs de nommer les témoins et de rendre compte eux-mêmes de leur procédure, sauf au pape et à la congrégation romaine. Ce fut donc une nouvelle sanction de Tindépendance et de la souveraineté de Tinquisition ainsi que du complet mystère de ses actes. Le même pape renouvela et étendit encore les édits de ses prédécesseurs qui soumettaient tout le clergé régulier, les évêqucs, les cardinaux mêmes au grand inquisiteur de Rome (*).
Et lorsque ce pontife mourut, le 9 décembre 1565, l'homme de confiance de Paul IV dans les affaires du saint-office, le terrible frère Michel de F inquisition, Michel Ghislieri, fut élu pape sous le nom de Pie V. Son règne de plus de six ans devait être le point culminant de Tinstitution dont il était Time. En embrassant tous les exploits de ce tribunal formidable dans Titalie entière, depuis le règne de Paul IV, nous verrons que ses succès furent si grands qu'aucun pape n'aurait pu se soustraire à l'obligation de l'aider et de favoriser : jusqu'à ce qu'il arrivât enfin à son plus haut triomphe sous
Pie V.
On sait que le peuple de Naples avait empêché rétablissement de l'inquisition espagnole dans sa ville. En 1564, le seul bruit qu'un nouVel Chsai de l'y introduire était imminent, avait ramené les troubles et presque la révolte. L'Espagne n'insista pas (^) ; mais en revanche, on y établit 1 inquisition romaine qui, pour être plus nationale, n'était guère plus clémente. Une des habituées du cercle qui s'était réuni autour de Jean de Valdès, la mar-
(') HULLAB, p. 69 S. 103 s. : !«' avril 1562, 7 avril 1563. (') MuRATORi, Annali (Citai., 1. X, p. 381.