‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 86 sur 215 · AVÈNEMENT DE PIE V · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT DE PIE V

quise Isabelle Manriquez, et son fils durent quitter Tltalie en 1558; ils se rendirent à Zurich. Un gentilhomme de haute naissance, le marquis Galéas Caraccioli, suivit bientôt l'exemple donné par cette dame courageuse, et préféra se séparer de sa famille, de sa femme même et perdre tous ses biens plutôt que de renoncer à ses convictions les plus sacrées. Ils avaient eu bien raison de fuir ; car, fidèle aux principes de Paul IV, 1 inquisition s attaqua surtout aux personnes notables. En mars 1564, on décapita comme luthériens, sur la place du Marché, à Naples, dans le quartier le plus peuplé de la ville, deux nobles, Jean François d'Alvise, de Caserte, et Jean Bernardin de Gargane, d'Aversa. Beaucoup d'autres avaient pu s échapper à temps. Toute la ville était en émoi : mais T inquisition ne s'en laissa nullement intimider (^). Beaucoup de prélats, même des plus haut placés du royaume, tels que les archevêques d'Otrante, de Sorrente et de Reggio, et quantité d evêques, furent accusés de luthéranisme et en partie frappés de diverses punitions plus ou moins sévères.

Mais ces exécutions isolées disparaissent devant le terrible massacre général des malheureux Vaudois de Calabre, sous ce Pie IV qui était encore considéré comme un pape relativement modéré!

Au commencement du XIV* siècle, plusieurs centaines de Vaudois, quittant les vallées des Alpes, trop pauvres et trop stériles pour les nourrir, avaient émigré vers les côtes alors presque désertes de la Calabrc citérieure. Ils s'y étaient fixés sur les pentes de l'Apennin vers lamerTyrrhé-

(*) SuMMOifTB, Storia di Napoli, I. X chap. 4.

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nienne, autour de la ville de Guardia. Nous les y retrouvons, vers le milieu du XVP siècle, au nombre de quelques milliers, gens modestes, honnêtes, d'après le dire même de leurs adversaires. Ils faisaient semblant de suivre les rites de TEglise catholique, mais au fond ils étaient restés fidèles à leurs anciennes convictions, fortifiées de temps en temps par Tarrivée de quelques missionnaires vaudois du Piémont. Lorsque Luther eut commencé sa grande réforme religieuse, les Vaudois des Alpes se rapprochèrent de lui, et ils envoyèrent des prédicateurs à leurs frères de la Calabre pour leur inculquer les mêmes doctrines. Les Vaudois du pays de Guardia commencèrent dès lors à se • séparer ouvertement des catholiques avec lesquels ils avaient auparavant célébré le culte divin. Ce changement dans leurs habitudes n'échappa pas à la vigilance des gouvernants espagnols de Naples : ils pourchassèrent les missionnaires piémontais, et enfin ils mirent la main sur l'un d'eux, Jean Louis Pasquale, qui, ayant fait ses études à l'académie calviniste de Lausanne, avait traduit et publié en italien le Nouveau Testament et prêché les Vaudois de Calabre. Il fut traîné à Rome, soumis aux plus horribles tortures et étranglé, le 8 septembre 1560, en présence du pape et de ses cardinaux ! Malheureusement cette victime ne suffisait pas à l'intolérance barbare de l'inquisition. En juin 1562, le vice-roi de Naples envoya le marquis Ascagne Colonna, accompagné de plusieurs inquisiteurs et juges, au marquis de Buccianico, gouverneur de la Calabre citérieure, avec Tordre d'exterminer tous les Vaudois ; six cents fantassins et cent cavaliers devaient leur prêter main forte. Ils détruisirent, en effet, tous les bourgs de ces malheureux, coupèrent les vignes et incendièrent les

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