‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 87 sur 215 · MASSACRE DES VAUDOIS · texte numérisé non relu

MASSACRE DES VAUDOIS

maisons. Les habitants furent faits prisonniers, réunis au nombre de plusieurs milliers, puis la boucherie commença : on les tortura de toutes les manières ; on pendit les uns aux arbres, on saigna les autres comme des moutons, on en précipita d'autres du sommet des tours. Leurs cris, leurs larmes, leurs promesses de se convertir, rien ne touchait le cœur de ces bourreaux. Quelques jésuites intervinrent et réussirent à ramener à la religion romaine beaucoup de ces gens simples et ignorants : on ne les en égorgea pas moins ; mais on brûla vifs tous ceux qui avaient résisté à l'éloquence des bons pères. Plus de deux mille personnes inoffensives périrent dans cette occasion ; 1 ,600 autres furent condamnés à une prison perpétuelle (^). Où trouver une excuse pour ces horreurs infâmes commises au nom d'une religion qui se vante d'être une religion de l'amour !

L'inquisition avait encore d'autres ci-uautés à commettre dans les Calabres. En dehors des croyances vaudoises, le luthéranisme proprement dit y comptait également des partisans, surtout aux environs de Reggio, dont l'archevêque, comme nous l'avons déjà indiqué — le franciscain Gaspard Fossa — était lui-même suspect d'hérésie. La lutte entre deux familles luthériennes et les accusations mutuelles qui en furent la conséciuence, amenèrent la découverte de cet état de choses ; et dans la même année 1562 qui vit les massacres de Guardia, le vice-roi envoya

(ï) Les horribles détails racontés par les lettres d'un témoin oculaire ÇArehivio storico italiano, t. IX (1846) p. 193 ss.) sont pleinement con^ firmes par Sacchino {Hist. Societ, Jesu t. V. nr. 81). Il est donc ridicule de la part de Gantu que de vouloir faire {Gli eretici cT lialia, t.II, p.331, 359) du récit écrit évidemment par un compagnon d'Ascagne Golonna, une œuvre de parti, une relation par ouï dire, comme on en trouve actuellement parfois dans les journaux.

à Reggio Tinquisiteur Antoine Pansa, homme d'une rigueur inflexible. Il incarcéra de nombreuses personnes dont la plupart furent envoyées au bûcher. Ceux qui consentirent à abjurer leurs erreurs^ durent porter, pendant toute leur vie, sur la poitrine et sur les épaules, un drap jaune traversé d'une croix rouge. — On voit combien de fidèles la Réforme avait comptés dans toutes les parties de lltalie, même dans celles qui aujourd hui sont les plus ignorantes et les plus fanatiques.

Une persécution des Vaudois, moins cruelle il est vrai qu'en Calabre, eut lieu vers la même époque dans la partie opposée de la péninsule, en Piémont, véritable patrie de cette secte, qui y vivait depuis trois siècles au fond de quelques vallées des Alpes. Le fameux duc Emmanuel- Philibert de Savoie, que les Français avaient chassé de son pays à cause de son intime alliance avec TEspagne, y était rentré en 1560, par suite de la paix de Câteau- Cambrésis. Il se montra d'abord favorable aux Vaudois, gens fort tranquilles et honnêtes, et en même temps très courageux, qu'il ne faisait pas bon d'attaquer. Prévoyant 1 intervention de 1 Eglise contre eux, le duc essaya de les amener par la douceur à se montrer bons catholiques au moins en apparence. Mais ces simples montagnards ne voulaient pas d'accommodement avec leur conscience; et d un autre côté la cour de Rome ne cessait d'exhorter le duc à sévir contre les hérétiques. Pour l'y persuader entièrement, Lainez, général des jésuites, lui dépêcha, en 1560, le père Possevin, déjà connu comme un des membres les plus habiles, les plus énergiques et les moins scrupuleux de l'ordre. Possevin parcourut d'abord les vallées des Vaudois, essayant de les convaincre de la

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