‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 88 sur 215 · LES VAUDOIS DES ALPES · texte numérisé non relu

LES VAUDOIS DES ALPES

fausseté de leurs croyances. Cependant comme ni ses arguments ni ses menaces n'avaient de succès, il retourna vers le duc et lui fit une si horrible peinture de la méchanceté et de Topiniàtreté des Vaudois, qu'Emmanuel-Philibert, déjà ébranlé par les demandes du nonce apostolique et de l'ambassadeur d'Espagne, donna à Ferrier, gouverneur de Pignerol, Tordre de détruire les fortifications des Vaudois et de chasser leurs prédicateurs hérétiques. Ferrier obéit et brûla même quelques chefs des Vaudois qui, effrayés et exhortés mcmc par leurs pasteurs à ne pas verser du sang, se contentèrent de se réfugier dans les montagnes. Alors le duc se persuada qu'il suffisait de montrer de la vigueur pour intimider les Vaudois et il envoya contre eux une petite armée de 2,000 hommes commandée par le comte de la Trinité. Sur sa demande, Possevin accompagnait cette troupe, en la double qualité d'aumônier pour les catholiques et d'inquisiteur pour leurs adversaires. Dans ses propres mémoires, ce jésuite ne parle que de deux ou trois prédicants, venus de l'étranger, qui auraient été exécutés d'après

l'antique usage de l'Eglise ; mais en réalité les choses se passèrent bien autrement. Il y eut de véritables batailles, dans la plupart desquelles les Vaudois, connaissant bien tous les détours et tous les passages de leurs montagnes, l'emportèrent pleinement, et à la suite desquelles le duc se vit obligé de conclure avec eux un traité formel (5 juin 1561), qui leur assura une liberté complète de conscience et le renouvellement de tous leurs anciens privilèges. Ainsi, une poignée de braves avaient su défendre leur foi et leurs convictions contre une armée entière, tandis que dans le reste de l'Italie les protestants succombaient sans

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résistance sous les coups de leurs adversaires. II est vrai que Pie IV se plaignit vivement, au consistoire des cardinaux, des concessions faites aux Vaudois par Emmanuel- Philibert C).

Dans toute l'Italie septentrionale.où le luthéranisme avait gagné de nombreux partisans dans les classes supérieures de la société, l'inquisition se mit à l'œuvre pour le détruire par les moyens les plus violents. A Milan, 1 archevêque Arcimbolde commença les persécutions, dès l'an

1554. Leduc d Albc, devenu gouverneur du Milanais en

1555, soutenait avec le plus grand zèle les efforts de larchcvcquc, surtout dans les années de 1558 et 1559, il ne laissa pas se passer de semaine sans infliger des supplices à un ou plusieurs hérétiques Q. Le successeur d' Arcimbolde, saint Charles Borromée, essaya toutes sortes de moyens pour réformer son Eglise; mais s'il voulait raviver la foi et améliorer les mœurs du clergé et des laïcs, il entendait aussi exterminer 1 hétérodoxie par le feu et le sang. Il se montra tellement sévère qu'il encourut l'hostilité du gouvernement, des nobles, des prêtres et de tout le peuj>le : mais il ne fléchit pas et remporta à la fin des succès considérables. Philippe II alla plus loin encore; il désirait implanter au Milanais — comme aux Pays-Bas — l'inquisition espagnole. En 1563, il réussit en effet à obtenir du pape Pie IV, Milanais d'origine, l'établissement du terrible tribunal chez ses compatriotes. Mais ceux-ci n étaient pas moins opposés que les Néerlandais et les Napolitains à 1 introduc-

(ï) Possevini ammadversiones in historiam Thuanh chez Zachariae lUr UtUrarium pcr Italiam (Venise 1762), p. 279. — /^ vie du pire Antifine Possevin (Paris 1712), p. 29 ss. — DkThou, Historiae. lib. XXVll.

(•) LoNGO, dans la Rivista cristiana t. IX (1881). p. 221.

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