‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 92 sur 215 · PROCÈS DE PALEARIO. — LUCQUES · texte numérisé non relu

PROCÈS DE PALEARIO. — LUCQUES

longtemps l'inquisition avait jeté son dévolu sur la petite république. Sous Paul IV la papauté prit une position si menaçante que beaucoup de ses citoyens les plus considérés et les plus notables quittèrent le pays avec leurs familles pour aller se fixer à Genève et en Suisse, où elles se distinguèrent bientôt dans l'industrie, dans les sciences et dans la vie politique. On leur avait laissé, du reste, le temps de vendre leurs biens. Le sénat et le peuple de la république nen résistèrent pas moins avec beaucoup de résolution et de courage à tous les essais des papes d'introduire chez eux le st. -office. On faisait de temps en temps des lois fort sévères contre les hérétiques, mais on les observait fort peu. En 1 560, le grand-inquisiteur Michel Ghislieri, crut nécessaire de se rendre lui-même à Lucques pour y ranimer le zèle contre les hérétiques. Le résultat de sa présence fut une loi qui interdisait aux Lucquois condamnés pour hérésie, le séjour dans un pays catholique et promettait une récompense de 300 écus d'or pour l'assassinat de chacun de ceux qui contreviendraient à ce statut Q. Décret injuste, tyrannique, arbitraire, s'il en fût jamais. L'avènement de Pie V intimida tellement les derniers réformés de Lucques qu'ils préférèrent quitter leur patrie. Le fils de François Burlamacchi, le grand patriote italien et républicain, prit part à ce second exode. Il en fut de même de la famille Calandrini, qui comptait parmi ses aïeux le pape Martin V. Enfin, malgré une modération relative, les germes du protestantisme, si fertiles autrefois à Lucques, y disparurent entièrement, et cette ville ne redevint pas moins catholique que les autres cités de ritalie.

(*) ArcA. stor. ital, t. x.; Docum. XLVI, 7.

Mais si Tinquisition sévissait si cruellement dans les territoires des puissances séculières, ce fut bien pis encore

dans TEtat pontifical, principalement sous le règne de Pie V. A Bologne, entre autres, on voyait tous les rangs de la société mêlés dans les mêmes cachots, dans les mêmes tourments, dans les mêmes massacres Q !

Ainsi toute liberté non seulement d'écrire'ou de parler, mais aussi de penser fut supprimée par T inquisition romaine et par la pression qu'elle sut exercer sur toute la péninsule. Une peur abrutissante, une dévotion bigote et anxieuse envahissaient cette Italie de la Renaissance, si gaie naguère, si tapageuse, si exubérante de vie, d'essor et de génie. Tout, dès lors, change de face. Les grands poètes, les grands érudits, les écrivains illustres, les artistes sublimes disparaissent rapidement et le déclin commence sur tous les points. Il n'y a plus que les ordres de moines et les cérémonies de l'Eglise qui s'épanouissent. Ces ordres monastiques, les jésuites surtout, accaparent l'enseignement et l'éducation de la jeunesse. Les universités, si florissantes autrefois, de Padoue, de Bologne, de Pise, déclinent sans espoir de retour, la liberté des recherches et de la doctrine scientifiques, élément vital de tout enseignement universitaire, ne pouvant exister à côté de l'autorité sombre, méfiante et envahissante de la curie romaine, de ses évêques et de ses agents qui surv^eillaient avec jalousie les cours académiques. Les dogmes et même les cérémonies de l'Eglise mettaient à la science d'étroites barrières, gardées avec sévérité par la censure ecclésiastique et par l'inquisition.

Q) Dk Porta, Uistoria ecclesiarum rhaeticarum^ t. II, p. 460.

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