NOMBREUX PROCÈS RELIGIEUX
par eux. On voit que le terrible pape ne limitait nullement l'action de ses inquisiteurs aux habitants d'Italie. Nous trouvons encore dans les actes du saint-office d'autres Français, de nombreux Espagnols et un Belge, Jérôme Artesius, d'Anvers, lequel, en février 1567, fut condamné à Temprisonnement perpétuel. De tous côtés les accusations affluaient au tribunal. L'envie, la haine privée, la soif de vengeance amenaient de nombreuses délations, dans des circonstances où souvent même les inquisiteurs aidés de la torture, ne réussissaient pas à découvrir le moindre délit. Plus personne n'était sûr de ne pas être traduit devant ces juges farouches, auprès desquels l'innocence même n'avait que peu de chance de trouver grâce.
Est-il nécessaire de dire que l'inquisition romaine, en imitant le glorieux exemple de sa sœur d'Espagne, célébra de temps en temps de grands actes de/aiy pour montrer au monde entier sa puissance et ses rigueurs ? De même qu'à Madrid, tous les princes et les princesses de la cour
et tous les dignitaires de l'Etat devaient assister à ce spectacle homicide : à Rome, les cardinaux et les ambassadeurs des puissances étrangères étaient obligés de relever, par leur présence, 1 éclat de la victoire de \t\irmère l Église sur des malheureux sans défense. A peine permettait-on aux cardinaux qui avaient de proches parents parmi les justiciés, de s'abstenir de paraître à cette sanglante solennité !
L'Eglise a placé Pic V au nombre de ses saints ; et elle a eu pleinement raison : non seulement à cause de la vie irréprochable, de la piété ardente de ce pontife, mais aussi à cause des immenses services qu'il a rendus à la puissance
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éc Rome. Il a réussi à étouffer les derniers restes non seulement du protestantisme, mais encore de toute divergence dans les opinions religieuses en Italie. Un des martyrs protestants brûlés par lui à Rome, s'écriait au moment d'être saisi par les flammes : Victoire, victoire ! Ce noble esprit se faisait illusion : le sang des martyrs n'a pas produit de nouveaux germes dans la péninsule. Pie V les avait complètement étouffés. Il a forcé ces populations à se soumettre aveuglement aux doctrines catholiques. Il a donc achevé et conduit à un succès parfait le mouvement de réaction que ses prédécesseurs avaient commencé. L'Italie était reconquise à la papauté : à un prix terrible, H est vrai ; mais que leur importait le prix ! Ce résultat assurait aux pontifes une excellente position, une base solide et inébranlable, d'où ils pouvaient travailler en toute sécurité à la soumission des pays ultranumtains . Si les souverains pontifes ont pu venir en aide au catholicisme dans ses luttes en France, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne, ce fut surtout grâce aux efforts victorieux de Paul IV et de Pie V, de Caraffa et de Ghislieri. L'avantage en fut d'autant plus grand pour l'Eglise qu'en Espagne aussi l'hérésie venait d'être détruite par Philippe II, et que cette première d'entre les grandes puissances de l'Europe d'alors s'alliait étroitement à la papauté, pour combattre avec elle le protestantisme dans ks autres pays de l'Occident.