‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 95 sur 215 · Chapitre m · texte numérisé non relu

Chapitre m

La Réforme en Espagne et sa répression.

Pourquoi Ki Réforme n'a-t-elle pas réussi dans les pays latins? — Origines de la Réforme en Espagne. — Les frères Valdès. — Diaz. — Les frères Enzinas. — Servet. — Séville, premier centre du protestantisme espagnol. — Vaste organisation de la propagande protestante. — Valladolid, centre protestant au nord. — L'inquisition découvre ces menées. — Charles- Quint excite l'inquisition h la rigueur. — Grands autos-da-fé à Valladolid et à Séville. — Procès de Carranza, archevêque de Tolède. — Destruction complète du protestantisme espagnol par Philippe II. — Protestants è^agnols K l'étranger. — La répression et la reconstruction: l'inquisition et le concile.

Les protestants zélés se sont souvent flattés de l'idée que, si les puissants de la terre, par des motifs égoïstes, n'eussent employé la force brutale contre leur doctrine, celle-ci se fût emparée du monde entier. De ce que dans tous les pays occidentaux il y eut, au XVI® siècle, quelques partisans convaincus de la Réforme, ils en concluent que, si les gouvernants l'avaient permis, les peuples enfiers s'y seraient attachés. C'est là une illusion dont un peu de réflexion et de bonne volonté aurait bien vite eu raison. Pourquoi les persécutions n'ont-elles pas pu détruire la nouvelle religion dans les Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre ? Pourquoi ont-elles si complètement réussi

en Italie, en Espagne, en France ? Pourquoi dans les trois premières nations des milliers d'hommes de toute classe, de toute profession se sont-ils mainte et mainte fois levés pour défendre, le glaive et le pistolet à la main, la conviction qui leur était chère, et à laquelle ils sacrifiaient avec joie leur bonheur et leur vie ? Pourquoi, au contraire, en Italie et en Espagne, les sectateurs de Luther ne trouvent-ils que le courage de s'enfuir de leur patrie ou de subir passivement, sans résistance, la mort sur le bûcher, tandis que presque partout les masses restent absolument indifférentes ou même ouvertement hostiles aux novateurs? C'est que l'esprit latin est en opposition même avec les tendances et le caractère de la Réforme, telle qu'elle fut enseignée par Luther et Melanchton, par Zwingle et Calvin. Les populations latines étaient autoritaires dans leur vie religieuse aussi bien que dans leur vie politique; elles subissaient volontiers l'influence absolue d'une autorite supérieure, indiscutable, à laquelle elles croyaient aveuglement; il leur fallait un homme, une phrase, une doctrine toute faite,une idée qui les dominât entièrement. Le principe d'individualisme, de croyance personnelle, de conviction particulière du protestantisme répugnait à l'immense majorité de cette race. De plus, les nations méridionales sont pleines de goût artistique, douées d'une imagination vive et féconde. Or, le culte protestant est simple, d'une certaine sécheresse de formes et dépourvu d'apparat, tandis que le culte catholique, plein de grandeur et de majesté, flatte les sens, parle aux sentiments naïfs, répond au besoin de la beauté extérieure qui est si profondément enraciné dans les âmes méridionales. En France même, le plus septentrional des pay^

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