PROTKSTANTS DE SE VILLE
parfaitement en règle les massacres bien autrement formidables du saint-office Q).
Quoique tous ces hérétiques espagnols eussent vécu hors de leur pays, la Réforme parvint à s'établir et à se maintenir aussi sur le sol brûlant de la péninsule ibérienne. Il s'y trouva des hommes, des femmes même.qui osèrent,au milieu du fanatisme catholique de toute la population, s'attacher à des doctrines qui les exposaient à une mort presque certaine.
Le premier centre du protestantisme en Espagne fut la grande et riche cité de Séville, alors entrepôt général du commerce de l'Amérique espagnole avec la mère-patrie. Des milliers d'étrangers, marchands, marins, soldats, aventuriers, érudits, affluaient de tous côtés : il n'est donc pas étonnant de voir la semence de l'hérésie s'y répandre bientôt. Les premiers .apôtres de la réforme qui s'y montrèrent étaient, en réalité, peu faits pour exercer une grande influence. Ce fut d'abord Rodrigue de Valer, jeune homme riche et noble qui pendant plusieurs années avait mené une vie dissolue, scandaleuse, et qui tout d'un coup, comme frappé d'inspiration ou de folie, se jeta dans un ascétisme exagéré et repoussant, et parcourut les rues de Séville pour y prêcher l'Evangile et pour y disputer avec les moines. On le croyait fou, en effet, et probablement non sans cause; longtemps Tinquisition le traita avec douceur, les pères dominicains se contentant de confisquer une partie de ses biens. Mais à la fin, comme il ne cessait pas de prêcher,
(*) 11 est presque amusant de voir M. Menendez Pelayo condamner sévèrement Calvin et la Réforme entière (No es Calvino d culpabU, es toda la Reforma ! t. II, p. 305^ pour le meurtre deServet, lui qui glorifie sans cesse l'in- <|uisition comme l'institution la plus morale et la plus salutaire.
Tinquisition perdit patience et l'enferma dans un couvent où il finit sesjours. Quelques autres personnages, plus raisonnables mais moins constants que Rodrigue de Valer. ecclésiasti(iues distingués ou professeurs, qui penchaient également vers le luthéranisme, préférèrent se soumettre après les premières menaces du saint-office.
Les nouvelles opinions trouvèrent un défenseur plus autorisé et plus considérable dans la personne de JeanGil. docteur en théologie, appelé habituellement le docteur yËgidius. Il était chanoine de Séville et célèbre par ses connaissances et sa science théologique. Il fut amené par Valer à étudier la bible et, des lors, il fut gagné à la cause de la Réforme. S entourant de certaines précautions, il en prêcha les doctrines, à la cathédrale même de Séville, devant un immense auditoire et avec beaucoup de succès. 11 se lia d'amitié avec deux autres ecclésiastiques fort considérés qui inclinaient vers les mêmes idées : Vargas et le docteur Constantin Ponce de la Fuente. Ce dernier surtout (^), homme d un esprit vif, enjoué, élégant, se distinguait par sa profonde connaissance des langues anciennes, par la pureté et la beauté de son style et par une élo- (luence hors de pair. Les savants et la foule 1 admiraient également; on cherchait une place à l'Eglise, depuis trois heures du matin, pour pouvoir l'entendre. Ces trois hommes qui s'étaient connus à l'université d'Alcalà, se concertèrent pour faire ensemble de la propagande protestante ; et telles étaient l'autorité et l'influencedont ils jouissaient, que l'inquisition n'osa pas s'attaquera eux. Ponce de la Fuente alla même, dans des livres populaires de théologie et de
C*)BoEHMER, Spanish reformer s, t. 11 (Strasbourg 1883), p. 3 ss.