‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 98 sur 215 · PROTESTANTS DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

PROTESTANTS DE SÉVILLE

morale, jusqu'à énoncer publiquement des opinions sur la justification évidemment conformes à celles de Luther. Mais quelques années après, Vargas mourut et Ponce fut appelé comme chapelain à la cour de l'empereur. iCgidius resta seul exposé à la haine de ses nombreux adversaires. Leur envie et leur colère éclatèrent, lorsque l'empereur voulait le nommer évêque de Tortose, et ils 1 accusèrent formellement devant le saint-office. Gil fut mis en prison (1550); mais comme le chapitre cathédral de Séville et Charles-Ouint lui-même intervinrent en sa faveur, on se contenta d une rétractation publique du malheureux (1552) et d'une captivité ultérieure d'un an. En 1553 il recouvra sa liberté. Il ne renonça pas cependant à ses opinions luthériennes, et se remit en rapport avec d'autres protestants secrets, il mourut déjà en 1556.

Son ami Ponce de la Fuente eut le courage de briguer sa succession comme chanoine magistral de Séville, et il obtint cette position distinguée, malgré un grand nombre de compétiteurs. Ceux-ci cherchèrent alors à le convaincre d'hérésie ; et ce qui finit de le perdre, ce fut son opposition à 1 ordre des jésuites. Ces bons pères parvinrent à trouver la place où il avait caché ses livres prohibés et les manuscrits peu orthodoxes où il combattait la papauté, les doctrines des Indulgences, du Purgatoire, etc. Il fut pris par l'inquisition (1557), et il resta trois ans, dans ses cachots jusqu'à ce que les mauvais traitements et Tair infect de la prison amenèrent sa mort. Il avait été au moins plus courageux et plus sincère que son ami ^gidius, et devint un des premiers martyrs de la Réforme en Espagne. Mais sa captivité ne mit pas fin à la propagande protestante à Séville.

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Il s'y trouvait un muletier se nommant Julien Hernandez, qui, parce qu'il était fort petit et si maigre qu'il ne semblait n'avoir que la peau et les os, était communément appelé Julianillo, le petit Julien. Cet homme, ayant vécu longtemps en Allemagne et à Genève, s'y était enthousiasmé pour la doctrine nouvelle ; il employa une ruse et une habileté incroyables pour la faire pénétrer en Espagne et notamment dans la cité de Séville. Au moyen de deux grands tonneaux, il y introduisit des Nouveaux Testaments, traduits en espagnol par le Docteur Jean Ferez. Il gagna ainsi à sa cause beaucoup de personnes préparées déjà{)ar les prédications d\£gidius et de Ponce de la Fuente. Tous les moines d'un couvent de Hiéronymites, celui de SaintIsidore,donJean Ponce de Léon, fils du comte de Baylen, jeune homme d'une des familles les plus aristocratiques de la péninsule, doTia Elisabeth de Bàena, le célèbre médecin Christophe de Losada, le prédicateur Jean Gonzalez et un grand nombre d'autres Espagnols, hommes et femmes^ embrassèrent le protestantisme ; c'étaient surtout des descendants des juifs et des Maures. Ils tenaient des assemblées régulières, ordinairement dans des caverne^s. comme les chrétiens primitifs. Les libraires d'Anvers leur envoyaient des barriques remplies de livres hérétiques en latin et en castillan, imprimés en Allemagne. Des dépôts de ces livres furent établisàSévilleetàMedina-del-Campo ; un Anversois nommé Tilman, était leur agent principal dans ces deux villes d'xAindalousie. Le nord de 1 Espagne fut pourvu de livres calvinistes par la voie de Lyon et des Pyrénées; Jean Perez de Pineda entre autres, Espagnol réfugié à Genève, puis en Allemagne, y expédia 30,000 exemplaires de la traduction espagnole de l'Institution chré-

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tienne de Calvin et une version basque du même livre (*).

Si Séville était le rentre de la nouvelle doctrine au sud de la péninsule ibérique, au nord c'était la ville deValladolid, alors capitale des Espagnes et une des cités les plus florissantes et les plus animées de la péninsule. Là comme à Scville, Taffluence des étrangers de toutes les parties de l'Europe devait favoriser considérablement la propagation des idées réformatrices. Le fondateur de la communauté protestante àValladolid fut don Carlos de Scso, capitaine d'origine italienne, qui était fermement convaincu de la vérité des doctrines allemandes. 11 y gagna, entre autres, toute la famille des Cazalla, dont le membre le plus fameux était l'éloquent Augustin de Cazalla, ancien prédicateur vt chapelain de Icmpereurqu il avait accompagné en Allemagne et aux Pays-Bas. La famille noble des Rojas, beaucoup de femmes, toutes les religieuses de Bclen se rant^crent du même côté. DeValladolid, la propagande luthérienne se répandit sur les régions voisines, et principalement la ville de Zamora. AValladolid même, les hérétiques tinrent des réunions secrètes.

Ce fut à Zamora qu'on découvrit en 1558, par un hasard, combien étaient nombreux les partisans des nouvelles doctrines. A peine leurs chefs fùrent-ils emprisonnés, que beaucoup de luthériens de Valladolid cherchèrent à se sauver par la fuite. Mais ils se trahirent ainsi eux-mêmes, et la plupart d'entre eux furent pris et incarcérés par l'inquisition. L'instruction qu'on suivit contre eux fit connaître un grand nombre de leurs

■* ( *) BoBHMEB, Spanish refornurs, t. II p. 64 s. — Rahlenbkck dans le hibliofhiU belgtyK. XII (Bruxelles 1856). p. 20.

partisans, de sorte que bientôt les prisons du saint-ofiîcc regorgèrent de ces malheureux. Peu de temps après, le même sort échut aux protestants de Séville; l'inquisition de cette ville était tellement affolée de terreur et de colère qu'elle incarcéra plus de 800 personnes (').

I, inquisiteur général rendit compte de son impoitanle capture au vieil empereur qui était alors dans sa retraite de Juste. Charles-Quint, exaspéré par les défaites qu il avait subies en Allemagno devant l'Iiérésie, craignant de voir la discorde religieuse s introduire aussi en Espagne et y affaiblir le pouvoir royal, fut impitoyable envers ses sujets (.-garés. II écrivit à la princesse Jeanne, gouvernante de l'Espagne pendant l'absence de Philippe II, et en même temps à son fils aux Pays-Bas, pour les exhorter à déployer contre Ie> délinquants la plus grande rigueur. Philippe et l'inquisition n avaient pas besoin d être encouragés dans leurs acttN de cruauté envers les hérétiques espagnols. Le roi allait conclure avec la France la paix de Câteau-Cambrésis, dont le but principal était de permettre aux deux monarques de réunir tous leurs efforts pour étouffer les germes du luthéranisme et du calvinisme dans leurs propres pays. Philippe notamment avait déjà décidé d'établir dans les Pays-Bas neuf évcchés nouveaux d-.stinés spécialement à y organiser l'inquisition de la foi sur une vaste échelle : Comment aurait-il supporté l'hérésie dans son pays natal d'Espagne? L'inquisition espagnole fut encouragée aussi par le pape Paul IV, qui, par une bulle spéciale, lui donna l'autorisation de livrer au bras séculier, c'est-à-dire à la peine de mort, tous

(') Ce chiffre esl donné officiellement par Granvelle dans s.i dépêche ï Vévfque d'Aquila, 17 nov. 1559; Kervth DE Lettknhotr, RttatUnt <U$ Pays-Bai et d: t AngUtcrri, t. II (Bruxelles 1883) p. 93.

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