‹ La contrefaçon du ChristChapitre 104 sur 150 · Introd., p. xxxyii · texte numérisé non relu

Introd., p. xxxyii

tous les colosses de gloire, de puissance, d'orgueil, de sang, de volupté, de science, de haine, de corruption : « Va, va, tu es Pierre ! toutes les forces contre toi, toi contre toutes les forces! Et jusqu'à la fin du temps!... » Il relève de la boue une pauvre créature tombée , honnie, souillée par tous les mépris : « Partout où mon Évangile sera prêché, on chantera la Gloire de cette femme ! » Et Madeleine se lève : elle prend place dans le culte de tendresse de l'humanité. Son nom chante, sourit, pleure sur des milliers de lèvres. Et, quand, au xx^ siècle, l'incrédulité jette les yeux au point le plus magnifique de la capitale du monde civilisé, elle aperçoit du centre de la place de la Concorde le rayonnement de la gloire aux quatre extrémités de l'horizon : la gloire des sciences et des arts, c est-à-dire le génie humain, dans le palais de nos vieux rois; la gloire des lois, c'est-à-dire la justice humaine, dans le Palais-Bourbon; la gloire des armées, c'est-à-dire la puissance humaine, dans l'Arc de Triomphe; et là-bas, au fronton d'un monument qu'un favori de la gloire avait voulu élever à la Gloire, la figure d'une femme à genoux, la Gloire d'une larme versée aux pieds de Jésus, c'est-à-dire, dans la personne de la Madeleine, l'amour humain immortalisé par la promesse d'un Dieu.

Dieu seul peut commander à la conscience de l'homme et promettre la récompense ou le châtiment éternels, salaire du bien et du mal librement pratiqués. Or Jésus s'attribue le droit d'établir une nouvelle moralité, de modifier Toeuvre de Moïse et des législateurs de son peuple, inspirés par Dieu^ ; il dispose de la béatitude éternelle, raccorde et la refuse à qui a accompli ou rejeté sa loi; il se constitue juge de toutes les générations assemblées devant son tribunal : « Beaucoup me diront : « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous « pas, en ton nom, prophétisé, fait des miracles? »

(c Et je répondrai : <( Jamais je ne vous ai connus ; « retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité-. » Dieu seul peut réclamer l'amour de l'homme, et cela avec un tel exclusivisme, que tout doive céder devant lui.

Or, Jésus a de telles exigences que, s'il n'est pas Dieu, il n'y a point, dans le dictionnaire, de termes capables de le stigmatiser.

Il veut que pour lui, on vive et l'on meure : il veut que, pour lui, on se tienne prêt à renoncer à tout, biens, famille, patrie; il veut que pour lui, on se trouve heureux de subir la persécution et les supplices^...

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