‹ La contrefaçon du ChristChapitre 120 sur 150 · Vie de Jésus, p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p

la vanité qui se pare de titres volés, la duplicité et l'imposture suffisent-elles à faire triompher la plus pure des morales?

Non, si habile que fût Jésus, il échoua dans son entreprise. Aussi son caractère s'en ressentit, et les obstacles qui se dressèrent devant lui nous révèlent de sa personne un côté si vilain que la mort seule pouvait tout arranger.

C'est Renan qui nous l'affirme, en nous présentant sous ces termes le forcené des derniers jours qui a perdu son chalumeau de berger et son chapeau de magicien : « Pressant impératif, il ne souffrait aucune opposition : il faut se convertir, il attend. Sa douceur naturelle semblait l'avoir abandonné; il était quelquefois rude et bizarre. Ses disciples par moments ne le comprenaient plus, et éprouvaient devant lui une espèce de sentiment de crainte. Quelquefois sa mauvaise humeur contre toute résistance l'entraînait jusqu'à des actes inexplicables et en apparence absurdes. Ce n'est pas que sa vertu baissât; mais sa lutte, au nom de l'Idéal contre la réalité, devenait insoutenable.

(( Il se meurtrissait et se révoltait au contact de

la terre, l'obstacle l'irritait » « Il était temps

que la mort vînt dénouer une situation tendue à l'excès, l'enlever aux impossibilités d'une voie sans issue, et, en le délivrant d'une épreuve trop

prolongée, rintrocluire désormais impeccable clans sa céleste sérénité K »

Mais avant de l'introduire dans sa céleste sérénité, Renan éprouve le l)esoin de traîner son héros dans la fange, et c'est le lieu de Gethsémani, et c'est rheure de Tagonie qu'il choisit pour accomplir cette œuvre d'infamie.

Cette heure d'agonie de Gethsémani, j'oserais dire qu'elle a une grandcuir solennelle au-dessus même de celle du Calvaire.

Le Fiat de Marie à Nazaretli accomplit toutes les scènes de Bethléem, de la (lalilée et de Jérusalem; c'est la porte de gloire qu'ouvre la main de la Vierge, saluée par l'Ange, au flot de lumière de l'Incarnation du Fils de Dieu.

Le Fiat de Jésus à Gethsémani accomplit tout le drame de Golgotha; c'est la porte de sang qu'ouvre la main du fils de riiomme réconforté par les anges, au flot de grâces delà Rédemption du genre humain.

Au Fiat de Marie était suspendue, pour ainsi dire, toute la puissance de Dieu; au Fiat de Jésus toute sa miséricorde. Aussi, sur les deux instants de l'Annonciation et de la Passion se sont concentrés les méditations des Pères et des Docteurs, les extases des mystiques aussi bien

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