Vie de Jésus, pp
que le génie des orateurs. L'ange de la vie près d'une Vierge, Fange de la mort près d'un Dieu ont inspiré des accents sublimes et ont fait couler de pures larmes. L'agonie de Jésus surtout a eu le don d'émouvoir au cœur des hommes les cordes les plus tragiques. Et Famé du monde rachetée a salué au cours des siècles la victime prosternée sous une angoisse profonde comme Fabime des douleurs qu'elle acceptait, haute comme la montagne des iniquités qu'elle expiait, large comme l'océan des ingratitudes qu'elle suscitait ; elle a adoré la victime se redressant baignée d'une sueur sanglante, sous le souffle des quatre vents des cieux déchaînés, pour chanter la parole de victoire sur la nature et sur la mort! « Sitrgite^ Eamiis : Allons, levez-vous, marchons! »
Devant cette scène, il n'est pas nécessaire d'être une nature élevée pour éprouver le frisson sacré ; il suffit de ne pas porter l'âme d'un gueux.
Pardonnez-moi de vous citer l'ignoble commentaire de Renan. <( Se rappela-t-il (en Gethsémani) les claires fontaines de la Galilée où il aurait pu se rafraîchir; la vigne et le figuier sous lesquels il aurait pu s'asseoir; les jeunes filles qui auraient peut-être consenti à l'aimer? Maudit-il son âpre destinée, qui lui avait interdit les joies concédées à tous les autres? Regretta- t-il sa trop haute nature, et, victime de sa grandeur, pleura-t-il de
n'être pas reste un simple artisan de Nazareth^?» Et toutes ces suppositions gratuites se terminent par un seul mot : « On l'ignore. » Renan l'ignorait, et c'est là la condamnation irrémédiable de son génie autant que de son cœur. Le dernier des chrétiens ne Tignore pas. Écoutez l'appréciation que fait de cette page un docteur protestant : (( Et cependant cette pauvreté (il s'agit de la scène de charlatanisme imaginée par la résurrection de Lazare) est encore surpassée par une découverte tout à fait neuve, dont ni Reimarus, ni Paulus, ni Strauss, ni Celse, n'avaient jamais eu Tidée. M. Renan ne rougit pas d'insulter aux sentiments de toute la chrétienté et de se salir lui-même, en profanant la sainte agonie de Gethsémani par un tableau digne de figurer, comme une nouvelle d'amour, dans quelque feuille indécente de Paris. Que Dieu lui pardonne cette page coupable d'une imagination déréglée, devant laquelle toute âme pieuse recule d'horreur et de dégoût, comme à l'ouïe d'un blasphème qui touche à l'impardonnable péché 1 II vaudrait mieux mille fois refuser, avec Strauss, toute valeur historique à cette douloureuse scène des Oliviers, que couvrir ainsi de boue et de moquerie le Rédempteur agonisant, lorsque, dans son amour sans bornes, il