Vie de Jésus, cli. xxiii
portait sur son cœur fraternel la dette entière du genre humain. »
La souillure de la pseudo-critique ne s'arrête ni à la vie ni aux soufTrances du Maître. Il faut qu'elle atteigne sa mort. (( Si la yie et la mort de Socrate sont d'un sage, avait dit Jean-Jacques Rousseau, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. » Sous la plume de Renan, la mort de Jésus va revêtir le caractère de bassesse que l'écrivain communique à tout ce qu'il touche.
Mais avant de citer, jouissons d'un rapprochement. Ce sera notre seule réfutation.
Si vous désirez saisir la différence entre la grimace du génie, et le génie lui-même, si vous désirez entendre la sublime intuition du plus grand des païens et savoir jusqu'où peut descendre dans l'abjection la pensée d'un apostat chrétien, rapprochez sur le même thème de la mort du Christ, Platon et Renan. Dans son second livre de la République, Platon trace le contraste de l'homme juste et de l'injuste, et son génie emporté par l'esprit de Dieu vers la vision du crucifié sous le gibet duquel devait, trois cents ans plus tard, monter l'aveu des foules : « Cet homme est vraiment juste » , écrit ces lignes dont toute l'antiquité a fait *le pendant de la prophétie d'Isaïe : « Tandis que l'injuste se donne l'apparence de la justice pour faire réussir son injustice, le juste au contraire
est un homme simple et sincère, qui d'après Eschyle veut être bon et ne pas le paraître seulement; qui sans faire quoi que ce soit d'injuste, doit se résigner à rapparence de la plus grande injustice, afin de confirmer la justice, ne se laissant point entraîner à céder par la médisance, mais demeurant inébranlable jusqu'à la mort... Si un tel juste apparaissait sur la terre, il y serait flagellé, martyrisé, privé de la vue et cloué sur un pieu après avoir soufTert toutes les hontes possibles... »
Ayons le courage de quitter cette limpide lumière pour entrer dans Tombre où les fanges éclaboussent.
« Il était juste que ce grand maître en ironie (Renan appelle ironie les anathèmes de Jésus contre le mensonge et Torgueil) payât de la vie son triomphe. » ... (( Laissé libre, Jésus se fût épuisé dans une lutte désespérée contre l'impossible. La haine inintelligente de ses ennemis décida du succès de son œuvre et mit le sceau à sa divinité '. »
Ce blasphème est le commentaire de celui-ci écrit par Fauteur à propos des maximes morales prononcées, au début de sa carrière Galiléenne, par u le plus charmant de tous les rabbis » : « Le vrai christianisme était fondé, Jésus n'y ajoutera