‹ La contrefaçon du ChristChapitre 124 sur 150 · Hist., p. 320, passim · texte numérisé non relu

Hist., p. 320, passim

de christianisme, par la plume d'un renégat, l'écho de cette malédiction des docteurs juifs : « Il a péché! Il est digne de mort! »

Je ne sais comment qualifier l'outrage que vous venez d'entendre. La vie de Jésus rabaissée à la vulgarité d'une vie d'aventurier; la mort de Jésus outragée jusque dans sa subhmité! Rien de pareil n'avait été essayé : rien de pire ne sera tenté. L'œuvre même de Léo Taxil restera comme une pale réplique de cette vile composition qui ose se réclamer du titre de la science et de la vérité critique.

Une seule chose la peut expliquer : La haine de la vertu, le culte de l'apostasie. Aussi, au verso de ces pages où Renan avilit la vie et la mort de Jésus, la Providence justicière a voulu qu'il écrivit, comme la plus limpide manifestation de son état d'âme, l'apologie de la vie et de la mort de Judas.

Abaisser Jésus pour réhabiliter Judas : tel est le plan définitif de la haute critique, représentée par le transfuge du christianisme.

La citation sera un peu longue, mais elle est précieuse : je vous demande la permission de vous la lire, en n'y faisant que de légères coupures.

« Les agents des prêtres sondèrent les disciples, espérant obtenir des renseignements utiles de leur faiblesse ou de leur simplicité. Ils trou-

vèrent ce qu'ils cherchaient dans Judas de Kerioth; ce malheureux, par des motifs impossibles à expliquer, trahit son maître, donna toutes les indications nécessaires, et se chargea même (quoiqu'un tel excès de noirceur soit à peine croyable) de conduire la brigade qui devait opérer l'arrestation. Le souvenir d'horreur que la sottise ou la méchanceté de cet homme laissa dans la tradition chrétienne a dû introduire ici

quelque exagération La légende, qui ne veut

que des couleurs tranchées, n'a pu admettre

dans le Cénacle que onze saints et un réprouvé

L'avarice que les synoptiques donnent pour motif au crime dont il s'agit ne suffît pas pour l'expliquer Judas avait-il été blessé dans son

amour-propre par la semonce qu'il reçut au dîner de Béthanie? Gela ne suffit pas encore. Jean voudrait en faire un voleur, un incrédule depuis le commencement, ce qui n'a aucune vraisemblance. On aime mieux croire à quelque sentiment de jalousie, à quelque dissension intestine. La haine particulière que Jean témoigne

contre Judas confirme cette hypothèse Judas

aura pris sans s'en apercevoir les sentiments

étroits de sa charge l'administrateur aura

tué l'apôtre. Le murmure qui lui échappe à Béthanie semble supposer que parfois il trouvait que le maître coûtait trop cher à sa famille

spirituelle Sans nier que Judas ait contribué

à l'arrestation de son maître, nous croyons donc que les malédictions dont on le charge ont quelque chose d'injuste. Il y eut peut-être dans son fait

plus de maladresse que de perversité Un

léger dépit suffisait pour faire d'un sectaire un traître. Mais si la folle envie de quelques pièces d'argent fit tourner la tète au pauvre Judas, il ne semble pas qu'il eût complètement perdu le sens moral puisque, voyant les conséquences de sa faute, il se repentit et, dit-on, se donna la mort ^ . »

« Selon une tradition, il se tua. Selon une autre, il fit dans son champ une chute par suite de laquelle ses entrailles se répandirent à terre. Selon d'autres, il mourut d'une sorte d'hydropisie, accompagnée de circonstances repoussantes que l'on prit pour un châtiment du ciel » « Peutêtre retiré dans son champ de Hakeldama, Judas mena-t-il une vie douce et obscure, pendant que ses anciens amis conquéraient le monde et y semaient le bruit de son infamie. Peut-être aussi l'épouvantable haine qui pesait sur sa tête aboutit-elle à des actes violents, où l'on vit le doigt du ciel -. »

Terminons là. Ce pauvre Judas ne perdit pas tout à fait le sens moral. Il mourut, et ceux dont

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