Confé?\ de Notice-Dame^ 1846-1847, sepUème conférence
seconde fois et dans des conditions différentes des organes qu'il a une première fois animés.
Cela posé, écoutez les variations de Renan sur Tair que nous connaissons : « ... Ce n'est pas au nom de telle ou telle philosophie, c'est au nom d'une constante expérience, que nous bannissons le miracle de l'histoire. Nous ne disons pas : (( Le miracle est impossible » ; nous disons : « Il n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. » Que demain un thaumaturge se présente avec des garanties assez sérieuses pour être discuté; qu'il s'annonce comme pouvant, je suppose, ressusciter un mort ; que ferait-on? Une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique, serait nommée. Cette commission choisirait le cadavre, s'assurerait c|ue la mort est bien réelle, désignerait la salle où devrait se faire l'expérience, réglerait tout le système de précautions nécessaires pour ne laisser prise à aucun doute. Si, dans de telles conditions, la résurrection s'opérait, une probabilité presque égale à la certitude serait acquise. Cependant, comme une expérience doit toujours pouvoir se répéter, que l'on doit être capable de refaire ce que l'on a fait une fois, et que dans l'ordre du miracle il ne peut être question de facile ou de difficile, le thaumaturge serait
invité à reproduire son acte merveilleux dans d'autres circonstances, sur d'autres cadavres, dans un autre milieu. Si chaque fois le miracle réussissait, deux choses seraient prouvées : la première, c'est qu'il arrive dans le monde des faits surnaturels ; la seconde, c'est que le pouvoir de les produire appartient ou est délégué à certaines personnes. Mais qui ne voit que jamais miracle ne s'est passé dans ces conditions-là^? »
J'avoue que je ne me sens pas le courage de suivre pas à pas sur un pareil terrain un pareil adversaire. La stupidité humaine peut-elle traiter la sagesse divine avec plus de mépris? La misère infinie du moucheron peut- elle, avec plus d'outrecuidance, poser des lois à la splendeur infinie du soleil?
L'homme assigne Dieu à comparaître. Quelle dérision! 11 lui spécifie son terrain, son heure, son jury. Quelle plaisanterie! Lequel d'entre nous, s'il vient les mains chargées de bienfaits, consentirait, avant de les donner, à subir les sommations et les conditions de son protégé? Dieu vient ofîrir à l'homme la santé et la vie. A quel dément fera-t-on croire qu'il s'abaissera à ne les livrer que sous le rigoureux contrôle de ses ennemis?