Jean, xi
Car n'est-ce pas un blasphème contre l'Esprit que cette conclusion de Fauteur : « Jusqu'à nouvel ordre nous maintiendrons donc ce principe de critique historique, qu'un récit surnaturel ne peut être admis comme tel, qu'il implique toujours crédulité ou imposture^. »
Cependant, dans sa propre pensée, Renan a raison; car son orgueil l'établit en place de Dieu. Il se fait Dieu, et des hauteurs où il monte, il estime toutes choses au-dessous de lui. Le surnaturel, en efTet, n'existe que relativement à nous. C'est parce que nous sommes des êtres intermédiaires que nous distinguons deux plans, celui qui nous domine et celui que nous dominons. Ces mots « au-dessus, au-dessous », n'ont donc de sens (jue pour l'être qui est au milieu. Mais quand l'homme s'élève par l'adoration de lui-même jusqu'au sommet des choses, quand il se flatte d'épuiser la plénitude de l'être et de représenter la perfection des créatures, quand il dit en regardant à travers les espaces infinis : « Il n'y a aucune puissance au-dessus de ma puissance, aucune idée au-dessus de mon idée, aucune vie au-dessus de ma vie; je suis le seul Dieu des mondes », alors il peut conclure : « Il n'y a point de surnaturel ».