‹ La contrefaçon du ChristChapitre 142 sur 150 · Vie de Jésus, p. 360, passim · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p. 360, passim

grandes causes qui expliquent les grandes ciioses », dans la philosophie et la critique de la libre-pensée. Tels sont les éléments qui ont fondé « Févénement capital de l'histoire du monde ». Telle est l'explication suprême donnée par le rationalisme, du succès de Jésus-Christ, de l'établissement et de la survivance de la religion chrétienne.

Dans une telle profondeur d'ignominie, il est permis à une âme chrétienne d'être oppressée. Ne nous attardons pas. Gardons-nous d'employer notre temps à secouer la boue de nos chaussures. Il n'est à une pareille page qu'une réfutation, comme il n'est à l'obscurité fangeuse des égouts qu'un remède : le ciel bleu.

Élevons-nous. Laissons la lumière noyer cette ombre. Vous venez d'entendre l'Évangile du serpent : écoutez l'Évangile de l'Aigle. Vous êtes tous ici chrétiens et chrétiennes. Je vous demande un acte de foi. Écoutez debout le récit de saint Jean que je vais vous lire debout. La lumière n'argumente pas ; elle se montre : Évangile selon saint Jean, chapitre xl^

« Il y avait »

De telles pages ne se commentent pas. Elles s'adorent. Quant à la souillure dont certaines interprétations essaient de les couvrir, elles ne méritent que le mépris. Ce sont les efforts su-

prèmes d'un esprit aux abois, Taveu crimpuissance qu'il dissimule sous la tromperie des formules, mais auquel nul homme simplement loyal ne se peut tromper. Elles ont fait souche, cependant. La philosophie de Renan s'est enveloppée à nouveau dans les draperies chatoyantes des phrases, elle a attaché au bord de son manteau, comme les scribes antiques, les phylactères et les grelots sonores des syllabes, et elle est revenue nous fournir avec la même impudeur d'affirmation la même pauvreté d'explications.

Écoutez une page qui peut faire le pendant de celles qu'elle a la prétention de glorifier. Elle va vous révéler les dernières causes de l'existence du christianisme, la raison suprême du succès de Jésus. Cette grande lumière a été projetée, au pied de la statue de Tréguier, par un homme qui peut revendiquer la spécialité des calembredaines aussi colossales qu'académiques, M. Anatole France.

Je cite intégralement, me contentant seulement de vous rappeler le conseil du poète : « Risiim tenealiSy amici! »

« Messieurs, il y a peu de temps, j'ai eu le rare plaisir de causer avec un prince oriental d'une belle intelligence, qui a vécu sa jeunesse dans un pays où la puissance créatrice de l'esprit religieux n'est pas épuisée, et qui produit en-

core des prophètes, des apôtres et des martyrs.

« Il me demandait avec une sm^piise à peine feinte et un orgueil asiatique, comment il se faisait que rOccident n'eut point de prophète, lorsque dans l'Orient, il s'en levait sans cesse des milliers.

— « Aujourd'hui comme autrefois, me disait-il, par tout l'Islam, on trouve des prophètes, au bazar, dans la boutique du barbier, au coin de la rue où hurlent les chiens errants. Et les Européens n'en découvrent pas un seul alors qu'ils en auraient le plus besoin. Voyez les Français, par exemple, quel avantage il y aurait pour eux à ce que M. Combes fût prophète ! »

« Nous parlâmes des dieux morts et des dieux vivants. J'écoutai avec une attention singulière cet Oriental qui sait comment se font les religions, qui en a vu faire, qui peut-être en a fait une. Il ne me confia pas, sans doute, toute sa pensée, mais j'appris de lui qu'il faut trois choses pour faire une religion. D'abord une idée générale d'une extrême simplicité, une idée sociale. En second lieu une liturgie ancienne, depuis longtemps en usage, dans laquelle on introduit cette idée, car il est à noter qu'un culte naissant emprunte toujours son mobilier sacré au culte régnant et que les nouvelles religions ne sont guère que des hérésies. Troisièmement (et

j'obtins cet aveu sans trop de difficultés) il y faut un tour de main, il y faut cet art des prestiges, qu'on appelle dans notre vieille Europe, la physique amusante. Et je ne sais, après avoir entendu ce prince intelligent et religieux, si parfois la nouvelle école n'a pas noyé trop complaisamment le miracle dans le demi-jour de la pathologie nerveuse, s'il ne faut pas admettre, de temps en temps, l'hypothèse de la fraude consciente, s'il n'y aurait pas lieu enfin, sur ce point comme sur plusieurs autres, de concilier Voltaire et Renan. »

Voilà une page qui suffit à fonder la gloire d'un homme !

Pauvres ignorants que nous sommes, nous ne pouvons que l'ouïr dans le silence de l'admiration, sans toutefois regretter aussi amèrement le bon temps des « fraudes conscientes », auxquelles sans doute M. Anatole France est plus habitué que nous, de par ses relations intellectuelles et politiques.

Nous nous permettons seulement, et avec toute l'humilité qui sied à des gens qui n'ont jamais eu le rare plaisir d'apprendre d'un fondateur de religion le secret de son succès, de poser quelques petites questions.

Pourquoi donc l'orateur a-t-il omis de nous citer le nom de quelqu'un de ces milliers de

prophètes, apôtres et martyrs, qui foisonnent en Orient?

Pourquoi ne nous a-t-il livré aucune de ces idées sociales qui fondent les religions? Pourquoi ne nous a-t-il pas seulement dit le nom de quelqu'une de ces religions « que ce prince intelligent et religieux » a vu faire, a c( peut-être faites »? Pourquoi surtout l'académicien qui est en possession de ce secret magique, ne fonde- t-il pas une religion nouvelle pour remplacer la religion chrétienne dont il a une horreur si peu dissimulée ^?

La recette est si simple : 1° Une idée générale. M. Anatole France n'en manque pas. Il nous en a servi copieusement dans ses discours apologétiques de Dreyfus et dans sa préface des œuvres de M. Combes. 2° Un mobilier sacré ayant appartenu au culte régnant. M. Anatole France a à sa disposition celui de tous les monastères

1. Tandis que s'accomplissait le mystère chrétien dans la cathédrale de Tréguier, M. Anatole France pérorait. La statue de Renan n'est qu'à quelques mètres de l'autel. Et l'académicien laissait tomber des phrases semblables à celles-ci qu'il estimait plaisantes et qui ne sont qu'immondes : « Je me garderai de développer devant cette statue des considérations sur le christianisme. Il ne faut pas apporter de chouettes à Athènes ». Comparer avec Athènes là place publique de Tréguier assaillie par les bandes d'apaches dont les journaux nous ont détaillé les hauts faits, est d'un goût exquis. Il faut en outre, un génie spécial pour apprécier la comï>araison, du Christ « Lumière du monde » avec la chouette.

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dépossédés, en attendant qu'une nouvelle loi lui livre celui des églises désaffectées. 3° Enfin, la physique amusante. C'est peut-être la condition qui manque aux œdipes du sphinx religieux. Leurs tours de passe-passe sont lourds, | leur art du prestige est maladroit ; leur physique, ^ par trop d'impudence, n'est que répugnante.

Mais encore une fois, quel chcUiment de l'impiété, chez des esprits éminents, de ne pouvoir assigner au fait le plus prodigieux de l'histoire de l'humanité que de pareilles causes, que l'on ; croirait inventées par une vieille nourrice tombée en enfance, ou par un plaisant avide de ridiculiser l'impiété elle-même !

N'est-ce pas le cas de répéter ces belles . paroles de Bossuet qui semblent écrites comme \ la condamnation anticipée de cette école de fantaisie dans la conjecture et d'orgueil dans le Panthéisme :

(^ Leur raison qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit que des conjectures et des embarras. Les absurdités où ils tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne, et, pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, ils suivent l'une après l'autre d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc après tout, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité^

sinon une erreur sans fin, une témérité qui hasarde tout, un étourdissement involontaire, et en un mot, un orgueil qui ne peut soufTrir son remède, c'est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par Tintempérance des sens ; l'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse. Comme l'autre, elle se fait des plaisirs cachés et s'irrite par la défense.

« Ce superbe croit s'élever au-dessus de tout et au-dessus de lui-même, quand il s'élève, ce lui semble, au-dessus de la religion qu'il a si longtemps révérée ; il se met au rang des abusés; il insulte en son cœur aux faibles esprits qui ne font que suivre les autres sans rien trouver par eux-mêmes, et, devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son Dieu ^ »

En tout cas, nous retenons cet aveu échappé au panégyriste officiel de Renan, que la Vie de Jésus n'a rien du sérieux scientifique qui excuse en quelc|ue sorte les attaques du rationalisme allemand, et n'est que le succédané émoUient des furieuses et folles invectives du philosophisme français. Car il y a lieu « sur ce point comme sur plusieurs autres, de concilier Voltaire et Renan ». C'est ce que j'ai eu l'honneur de vous

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