‹ La contrefaçon du ChristChapitre 147 sur 150 · Jean, x · texte numérisé non relu

Jean, x

gination populaire, une nécessité de l'époque? Jean-Baptiste eût été, au moins autant que Jésus, revêtu de ce pouvoir mystérieux. Or, il n'en est rien. Cette simple constatation nous fait toucher du doigt ce que valent les affirmations de la critique sous la plume de l'auteur de la Vie de Jésus.

Ajoutons, si vous le voulez bien , cette remarque que le miracle tenait si peu à l'époque à laquelle apparut Jésus que par une coïncidence étrange, la seule période de Thistoire juive où le miracle n'occupe aucune place est précisément celle qui précède et prépare l'avènement du Messie. Avec la voix de Daniel s'éteint en Israël l'apparition des prodiges. Pendant quatre siècles, aucun fait surnaturel ne marque la marche silencieuse des desseins de Dieu à travers son peuple. Il faut remonter jusqu'à l'époque des Patriarches pour surprendre une telle absence de miracles dans cette nation dont l'existence tout entière est un miracle. Et ainsi s'affirme le démenti donné par l'histoire à la fantaisie des thèses pseudo-scientifiques, puisque les deux époques où le miracle est inconnu dans l'histoire juive, sont, d'une part, l'époque qui correspond à la formation des mythologies païennes, et de l'autre, l'époque qui conduit à l'avènement du Christ.

Si Jésus a fait des miracles, ce n'était donc pas

pour se plier aux exigences de son époque. Il apparaît en plein ciel noir, avec la soudaineté de l'éclair et sa fulgurante lumière. Au premier moment, il saisit, il renverse, il épouvante^. Le peuple ne s'habitue à ses prodiges et ne cesse de les craindre que lorsqu'il s'est aperçu qu'une telle puissance est toujours au service de sa bonté. Le saint thaumaturge n'emploie en effet le pouvoir de commander aux forces de la nature qu'en faveur de quelque misère à soulager ou de quelque vérité à faire triompher. A l'orgueil qui le met au défi, à la curiosité qui essaie de le persuader, à la haine qui croit l'avoir désarmé, il refuse le bénéfice de ses œuvres. Mais à la femme qui silencieusement et par derrière vient baiser le bord de son manteau, mais à la mère qui pleure sur son unique endormi, mais au mendiant qui voudrait jouir de la clarté du soleil, mais à tous ceux qui souffrent, espèrent et prient, le Maître ouvre les sources miséricordieuses de sa puissance et multiplie les miracles.

Est-ce ainsi qu'agirait un fourbe? Est-ce ainsi qu'opérerait un ambitieux ou un fou?

De tels caractères ne peuvent échapper complètement à Renan, aussi tout en prétendant que (( les miracles de Jésus furent une violence que

1. Matlh., XII, 24. — Marc, vi, 51. — Luc, ix, 44. — Matth.^ VIII, 27. —Luc, VIII, 25.

lui fit son siècle * » ; « que des actes qui seraient maintenant considérés comme des traits d'illusion ou de folie ont tenu une grande place dans la vie de Jésus 2 », il ajoute, sans se mettre en peine d'expliquer comment c'estêtre fou que d'être humain : « Convaincu que l'attouchement de sa robe, l'imposition de ses mains, faisaient du bien aux malades, il aurait été dur s'il avait refusé à ceux qui souffraient un soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder^. » Et enfin, il conclut en attribuant à une sorte d'émanation delà nature même du Christ sa puissance de miracles ^.

De la sorte, poussé par une nécessité logique à laquelle il ne peut complètement échapper, l'académicien en arrive au seuil de la vérité qu'il

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