‹ La contrefaçon du ChristChapitre 16 sur 150 · Introd., p. XXXIII · texte numérisé non relu

Introd., p. XXXIII

SOUS quelle douceur de formes il sait dissimuler l'effet cruel de ses instruments : « Une part de divination et de conjecture doit être permise... Réduire ces récits à des légendes... Les textes ont besoin de l'interprétation du goût... Il faut les solliciter doucement... »

Pourrait-il avouer plus hypocritement qu'en dernière analyse, il n'y a qu'une loi qui préside à la composition de son ouvrage : l'Imagination?

L'Imagination, qu'on la décore pompeusement des noms de raison d'art, d'habileté divinatoire et conjecturale, d'interprétation du goût, n'en est pas moins une faculté purement de fantaisie. Elle est la mère des rêves, la capricieuse fée qui, à son gré, orne de mille vertus les héros et crée des monstres exécrables. Elle met des ailes de soleil à la poésie, tisse les pages légères du roman et dans les tragiques épisodes du drame, fait passer les visions qui causent des épouvantements. Mais l'imagination s'arrête respectueusement au seuil de l'histoire. Elle n'ose toucher aux figures consacrées par la foi des siècles. D'instinct elle comprend que la conjecture n'a rien à faire en présence du document, que le goût n'a qu'à s'incliner sous le fait et qu'une douce sollicitation des textes n'est autre chose qu'une effraction assourdie de cambrioleur.

Renan ne fait pas autre chose.

Avais-je tort de parler de scies et de cordes?

Ne croyez pas que je fasse là un procès de tendances.

Renan va nous expliquer lui-même ce qu'il entend par « Raison d'Art ».

J'ouvre ses Études et je saisis sur le vif le sens précis de cette formule : ce L'art... ne s'attachant qu'aux formes idéales de la beauté et de la bonté morale, s'élève au-dessus des objections et inspire la foi. L'artiste voit à Fétat d'idée pure ce qui apparaît au critique avec ses angles, ses contradictions, ses aspérités.

c( Comment l'esprit humain saisirait-il, comment la parole rendrait-elle ce dont l'essence est d'être ineffable? L'art seul est infini; l'art allant chercher dans l'âme ce qu'il y a de bon et de pur, nous fait atteindre à l'indubitable... Chaque formule, soit religieuse, soit philosophique, est attaquable dans son expression matérielle... C'est ainsi que l'art nous apparaît comme le plus haut degré de la critique; on y arrive le jour où, convaincu de l'insuffisance de tous les systèmes, on arrive à la sagesse, c'est-à-dire à voir... que la vérité n'est que la voix de la nature dégagée de tout symbole scolastique et de tout dogme exclusif ^ »

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