X INTRODUCTION
de sa valeur intrinsèque. Sans cela le roman de Renan eût été mort -né.
Il dépend davantage de l'importance du sujet qu'il traite, de l'opportunité des temps et des circonstances qu'il sait faire servir à son apparition, des idées aux prises dont il s'empare, des intérêts et des instincts dominants qu'il sait flatter, de l'ingéniosité de ses lanceurs; toutes choses qui se prêtèrent main-forte pour assurer au volume qu'éditèrent les frères Michel Lévy un succès considérable. Toutefois l'engouement qui l'accueillit et qui fut entretenu par la plus habile réclame, ne franchit jamais les limites d'un certain public dont les savants étrangers purent rire à leur aise. <( Ce livre, écrivait-on en Angleterre, est la plus pitoyable bévue littéraire de notre siècle. Le public français doit être bien ignorant en ces matières, pour qu'une pareille œuvre qui serait trop vieille de vingt ans en Allemagne, puisse exciter une telle émotion i. »
Ce livre que le D^ H. B. Smith, de New-York, avait qualifié de « roman facile et frivole ))^, et que le professeur Fisher, de New-Englander,
1. Mardis Dods, préface de la Vie de Jésus par Lange, 1^' vol., p. 14.
2. American presbyterian and theological Review, janvier 18G4, p. 145.
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avait estimé « si dépourvu de science, de logique et d'érudition qu'il ne pouvait causer qu'une impression passagère », était, en effet, tombé depuis nombre d'années, dans un discrédit complet auprès des esprits sérieux.
Après les réfutations savantes qu'il avait suscitées de la part des Catholiques, après la condamnation motivée qu'il avait encourue de la part dés critiques rationalistes plus soucieux d'établir les droits de la vérité que de servir les passions d'un parti, le roman renanien n'aspirait plus qu'aux honneurs littéraires. Sous les coups multiples qu'il avait reçus des professionnels de Texégèse et de la philologie, il s'était dépouillé de ses prétentions scientifiques et ne se présentait plus que comme une fantaisie scripturaire du même ordre que la fantaisie philosophique de Caliban et de l'Eau de Jouvence , ou que la fantaisie mystique du Prêtre de Némi et de l'Abbesse de Jouarre. La même vivacité d'imagination avait employé ici et là, c'est-à-dire aux deux extrémités de la fortune littéraire de l'auteur, la même richesse de coloris au service d'une création d'art également dénuée de réalité objective.
Le Jésus des études évangéliques était apparu comme un personnage aussi complètement Imaginatif que les divers héros qui évoluent sur le