‹ La contrefaçon du ChristChapitre 21 sur 150 · Introduction, pp. ix, x et les notes · texte numérisé non relu

Introduction, pp. ix, x et les notes

Voici la traduction de ce passage de Josèphe : « Dans ce même temps parut Jésus, homme sage, si cependant il est permis de l'appeler honfime, car il opérait des œuvres extraordinaires et instruisait ceux qui ouvrent leur cœur à la vérité. l\ eut un grand

36 LA COiNTREFAÇON DU CHRIST.

Sur quelles données un flair aussi subtil s'exerce-t-il? On ne le sait. Le flair, pas plus que le goût et les couleurs, ne se discute. Il suffît de dire : « On sent que peut-être... » pour avoir le devoir de conclure : « cela est sûrement ». Tout est expliqué par ce mot : la « raison d'Art ».

Cette façon de partir d une simple conjecture pour aboutir à une conséquence catégorique est habituelle à l'auteur. Il jette sans avoir l'air d'y prendre garde une hypothèse personnelle formulée dans quelqu'une de ces locutions qui reviennent à chaque phrase : « Peut-être, on serait tenté de croire, il se pourrait que ; on dirai volontiers... » ; puis brusquement, sans que rien avertisse le lecteur du piège qui lui est tendu, il termine en dégageant de ces prémisses chancelantes une affirmation tranchante et dogmatique.

Que cela ne vous étonne pas de m'entendre

nombre d'adeptes parmi les Gentils aussi bien que parmi les Juifs. C'était le Messie. Ayant été accusé parles princes de notre nation^ il fut condamné à la croix par Pilate. Ses disciples ne cessèrent pas de l'aimer; car le troisième jour, il reparut vivant au milieu d'eux, selon les prophéties qui avaient prédit plusieurs autres choses le concernant. Jusqu'à ce jour, ses disciples conservent le nom de chrétiens qu'ils ont pris du sien. (Ant.jud., livre XVHI, chap. IV.) On sait que l'empereur Tite fit déposer Fouvrage de Josèphe dans sa bibliothèque. C'était le garantir de toute altération. Les Chrétiens n'avaient nul besoin de ce témoignage, par conséquent, nul besoin de l'interpoler.

reprocher des affirmations tranchantes et dogmatiques à un homme dont le génie est essentiellement indécis en présence de la Vérité et qui sur chaque question passe avec une souplesse inimitable du oui au non.

Renan n'affirme catégoriquement que là où il y a une position contraire à la tradition catholique à occuper; mais jamais il ne se donne la peine d'étayer son dire sur une preuve. Oubliant qu'au point où commence l'arbitraire finit la science, il se contente d'abriter ses affirmations sous les mots creux de « science, haute critique », etc., et de rejeter du cercle « de la grande culture intellectuelle » les lecteurs qui se permettraient de douter de son infaillibilité. Un texte le gêne-t-il, il le supprime ou déclare qu'un faussaire Ta interpolé; une déclaration du Sauveur lui semble-t-elle trop pleine de sa Divinité, il n'hésite pas à l'attribuer à ce qu'il appelle les naïvetés de Jésus ; un fait troublet-il ses arrangements, il le déplace ou le dénature; une citation contredit-elle sa thèse, il la ! passe sous silence. Au milieu de tout cela, des i mots sonores et de retentissantes formules qui ne laissent pas au lecteur assourdi le moyen de se I reconnaître ; des propositions colossales qui ^ semblent renverser d'un coup la doctrine scriptu- 1 raire, avec, à l'appui, une petite note au bas de

la page que les fidèles adeptes du romancier n'iront pas contrôler, et qui n'a aucun rapport avec la proposition annoncée ou qui dit juste le contraire.

Mais qu'on ne craigne pas pour le génie ondoyant de Renan l'effet de ce dogmatisme outré que je signalais tout à l'heure.

Parallèlement, il sait multiplier les formules du doute et mettre en pratique l'étrange théorie qu'il a énoncée : « La sagesse consiste à ne jamais conclure. »

Un malin s'est accordé le plaisir de composer un opuscule assez considérable des seules locutions dubitatives , numérotées phrases par phrases, qui emplissent les pages de la Vie de Jésus. « Il semblerait, il peut paraître, qui sait, à ce que l'on dit, je soupçonnerais, je n'ose me croire assuré, il faut supposer, probablement, on est tenté de croire, quoi qu'il en soit, peutêtre... »

Et sur cet échafaudage branlant à tous les souffles d'opinions que rien ne justifie, de caprices individuels que rien n'explique, l'auteur bâtit un système qu'il oppose à l'édifice que deux mille ans bientôt de docteurs ont solidifié de tout leur génie et d'un ciment meilleur que le génie ■ même, la sainteté de leur vie et le témoignage de leur sang.

Et non content de cette audacieuse entreprise , il ajoute en se décernant un certificat de christianisme intégral : « Si Jésus revenait parmi nous, il reconnaîtrait pour disciples, non ceux qui prétendent le renfermer tout entier dans quelques phrases de catéchismes, mais ceux qui travaillent à le continuer... En ce sens, nous sommes chrétiens, même quand nous nous séparons sur presque tous les points de la tradition chrétienne qui nous a précédés ^. »

L'aveu est délicieux. Les Apôtres qui ont codifié le dogme dans les articles du Symbole, les Pères de rÉglise et les docteurs qui Font élevé au rang d'une science supérieure, voilà ceux que Jésus réprouverait, s'il revenait parmi nous; mais de quelle tendresse n envelopperait-il pas ses autlientiques continuateurs, Renan et tous les ardents champions de l'idée pure, de la religion pure, qui s'étaient donné rendez-vous à Tréguier, au pied de la statue de cet excellent chrétien I

lime semble, quand je prends Fauteur de la Vie de Jésus en train de « solliciter ainsi doucement les textes », selon son expression, de les torturer et de les forcer à mentir pour parler plus nettement, il me semble voir réalisée

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