M. Schérer, Journal le Temps, 14 juillet
indispensables à la clarté de notre étude.
Renan commence par établir une distinction radicale entre les trois synoptiques (ceux qui marchent ensemble : Matthieu, Marc, Luc) et saint Jean.
On s'attend, dès lors, qu'il va, selon le procédé de l'école allemande, retenir les premiers, pour se débarrasser du quatrième. « Car, dit Keim, tout le monde sait, chez nous, qu'il faut accepter ou rejeter en entier l'évangile de saint Jean. C'est un tout indivisible dans son unité. »
Et Baur, le chef de l'école rationaliste de Tubingue, prouve admirablement que tout se tient dans l'évangile du Logos, les discours et les actes, les combats et les victoires, les prophéties et la réalisation, la mort et la résurrection, et que tout persiste dans l'unité parce que tout a jailli d'une même pensée et a été écrit d'une même main.
Pour Renan, il n'en va pas de la sorte.
Il scinde en deux chaque classe de documents. Des synoptiques, il garde les discours de Jésus, mais il rejette les faits. De saint Jean, il garde les faits, mais il rejette les discours.
De cette façon, et sans qu'il se mette en peine de rien expliquer autrement que par des objections surannées que la science a mille fois détruites, le critique peut se flatter d'avoir reconstitué un Évangile entier qui a l'avantage de contenir ce qu'il daigne appeler la précision
historique de Jean et l'authenticité doctrinale des synoptiques.
Et alors, il conclut : « En somme, j'admets comme authentiques les quatre Évangiles canoniques. Tous, selon moi, remontent au premier siècle, et ils sont à peu près des auteurs à qui on les attribue^^. » Cet « à peu près » s'explique par le travail libre que chaque fidèle pouvait apporter à la composition des évangiles, pendant les premières générations chrétiennes. Car M. Renan nous apprend que « pendant cent cinquante ans les textes évangéliques jouirent de peu d'autorité... « Le pauvre homme qui n'a qu'un livre veut qu'il contienne tout ce qui lui va aii cœur. On se prêtait ces petits livrets; chacun transcrivait à la marge de son exemplaire les mots, les paraboles qu'il trouvait ailleurs et qui le touchaient. La plus belle chose du monde est ainsi sortie d'une élaboration obscure et complètement populaire. Aucune rédaction n'avait de valeur absolue... Qui ne voit le prix de documents ainsi composés des souvenirs attendris, des récits naïfs des deux premières générations chrétiennes...-! »
De telles billevesées ne se discutent pas. Signalons-les seulement.