XVI INTRODUCTION
l'a représentée... Du gros homme statufié assis sur son banc, Ton n'apercevait, au-dessus du plan mouvant des parapluies, que le gros ventre que semblait secouer un rire ironique, et la grosse main appuyée sur une canne qui se fût inévitablement levée, si Renan n'eût été de bronze, pour disperser toutes ces mouches bourdonnantes attirées autour de sa gloire...
Que M. Anatole France était donc drôle!...
J'évoque le souvenir de ces choses qui sont déjà bien lointaines, bien estompées dans les brumes du coin de l'Armorique où elles se sont passées, non pour le plaisir vain de saisir en posture ridicule un immortel qui s'octroie trop aisément le droit de manier le ridicule pour n'être pas, plus que tout autre, obligé à en éviter jusqu'à l'apparence, mais parce que l'impression que ces choses causèrent en moi m'incita à reprendre, pour une étude plus approfondie, la Vie de Jésus de Renan qui était, sornme toute, la raison d'être des triomphes que l'on décernait à son auteur.
Toute cette pitrerie intellectuelle déployée, à grand fracas, sur le calme rivage de Tréguier, prit alors à mon regard son véritable sens.
Il n'est pas une page de ce livre qui ne me montrât en germe, quoique dissimulés en de respectueuses et vagues formules, les blasphèmes
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que la voix avinée des Apaches jetait, sans déguisement, à tous les vents, que les voix aigrelettes des institutrices en rupture de banc d'école traduisaient par les « hou hou, la calotte! » que la voix édulcorée de M. France enfin, ciselait et enchâssait d'une fine sertissure, avant de les jeter, malgré la défense de la Sagesse, en pâture à ses auditeurs.
La Vie de Jésus m'apparut telle que l'a dénommée le savant docteur Smith, « un livre outrageux et commun dont la façon de discuter est aussi superficielle que honteuse, dépassant la plus mauvaise morale des plus mauvais livres de la littérature parisienne ». Je résolus de noter lies principales réflexions que me suggéra mon étude. Elles prirent corps, et je les livre aujourd'hui au public, après les avoir données sous forme de conférences, devant une assistance amie. Il n'y a pas de doute que si ce volume tombe entre les mains de quelque dévot renanien, il n'en mette immédiatement l'auteur au nombre le (( ces éternels ennemis de la science et de la mison, obstinés à noircir » son idole. C'est ainsi que le discoureur-académicien, traite les esprits indépendants qui ne se résignent pas à abandonner le monopole de la « science et de la maison » à tous ces maîtres d'hôtel d'occasion ni oublient la parole de Shakespeare , que « le