‹ La contrefaçon du ChristChapitre 41 sur 150 · Josèphe, Antiq., XV, x · texte numérisé non relu

Josèphe, Antiq., XV, x

68 LA COiNTREFAÇON DU CHRIST.

la population^. Heureux temps! Heureux pays! Le maître absolu du monde, l'empereur romain n'estimait pas quantité négligeable la foi et les droits séculaires des provinces conquises! Que Ton nous rende César et que César consente à nous traiter en peuple colon!...

Or nul n'ignore que la constitution sociale juive était fondée sur la distinction et la préservation des différentes tribus, et que toute loi convergeait à garder pure de tout alliage la consanguinité des familles d'où découlait pour chaque citoyen tout droit, tout devoir et toute espérance ^. Nul n'ignore le soin avec lequel se conservaient les généalogies, pour que chaque branche du grand arbre put, au jour où devait paraître Celui que les livres saints chantaient d'avance comme l'épanouissement final de la race, « le terme de la loi », dit saint Paul, remonter aux racines afin de revendiquer la sève primitive.

Cette surveillance jalouse ne se pouvait établir qu'en reliant chaque famille à son lieu d'origine. C'est là que se conservaient les sources authentiques des droits et de la fierté de ceux qui se disaient fils d'Abraham; c'est là que se retrouvait le dépôt sacré des promesses divines faites aux patriarches; c'est là que se renouvelait

1. Voir Nuiïi., I, 2 et seq. ; xxvf, 1 et seq. — Jo?., vn, 16, 18. -— I Reg., X, 19, 21.

dans l'attente du Messie l'espoir de la délivrance et d'une royauté qui ne devait pas avoir de fin M

Entretenus en de pareilles pensées, les Israélites ne pouvaient donc trouver plus dure la loi qui les obligeait d'aller certifier de leur origine, au lieu d'où était issu le fondateur de leur race, que l'ordonnance qui leur demandait de se rendre chaque année au temple de Jérusalem pour sacrifier à Jéhovah. Et si Renan éprouve une difficulté à concevoir la première, je ne vois pas comment il en éprouve si peu à admettre la seconde, contre laquelle cependant il n'élève aucune objection.

J'ajoute que cette disposition légale qui répondait aux tendances du peuple juif, n'était pas moins conforme à l'esprit de la législation romaine. Cicéron rappelle la loi de Gracchus ordonnant à tout citoyen romain de revenir en Italie pour se faire inscrire ^, fûtil à l'extrémité des provinces, et P. Scipion considère comme un abus la dispense qu'obtenaient certains privilégiés, de cette obligation sociale ^. La seule différence était dans Tapplication de cette loi. Car si les citoyens romains

1. On voit par certains passages de l'Écriture que l'absence d'inscription aux registres généalogiques équivalait à la perte des droits civiques. Cf. Esdras, ii, 62.

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