‹ La contrefaçon du ChristChapitre 58 sur 150 · Épiph., Hœres. 78, § 10. — llieron., Conlra Ilelvid · texte numérisé non relu

Épiph., Hœres. 78, § 10. — llieron., Conlra Ilelvid

Renan cousin germain de Jésus et non son frère, dans le sens strict du mot. De grâce, que la critique apporte sa loupe et cherche à travers les décombres de l'histoire ce que sont devenus les enfants de Marie. (îette critique me met au courant des moindres détails qui intéressent la vie des personnages les plus insignifiants; il n'est pas possible qu'elle ne sache rien de l'existence de ces hommes que les disciples de Jésus n'eussent pas manqué d'environner d'un souvenir attendri, n'eût-ce été que pour honorer en eux le sang qui avait coulé dans les veines de leur maître. Mais, chose étrange, la critique, et Dieu sait si elle sait être perspicace dans la personne de M. Renan, ne peut retrouver la plus légère trace du passage de ces énigmatiques personnages dans l'évolution des premières années du Christianisme. Écoutez notre romancier. Il y a vraiment plaisir à voir le serpent s'enrouler, se nouer, se dénouer et finir par se couper la queue.

« Jésus avait des frères et des sœurs dont il semble avoir été l'aîné. Tous sont restés obscurs (nous savons la suite) ; car il parait que les quatre personnages qui sont donnés comme ses frères, et parmi lesquels un au moins, Jacques, est arrivé à une grande importance dans les premières années du développement du chris-

tianisme, étaient ses cousins germains. Marie, en effet, avait une sœur, nommée aussi Marie, qui épousa un certain Alphée ou Cléophas (ces deux noms paraissent désigner une même personne), et fut mère de plusieurs fils qui jouèrent un rôle considérable parmi les premiers disciples de Jésus. Ces cousins germains, qui adhérèrent au jeune maître, pendant que ses vrais frères lui faisaient de l'opposition, prirent le titre de « frères du Seigneur ». Les vrais frères de Jésus n'eurent d'importance, ainsi que leur mère, qu'après sa mort. »

Je crois qu'il faudrait faire le tour de toutes les littératures du monde pour découvrir une page où le mensonge éhonté, le sophisme grossier et l'hypocrisie la plus raffinée s'allient d'une manière aussi intime. « Les vrais frères de Jésus n'eurent d'importance, ainsi que leur mère, qu'après sa mort ^ »

1. Après la mort de Jésus, les Évangiles ne font mention de Marie qu'une seule fois. U est vrai qu'à la page 154 de son œuvre, M. Renan écrit, à propos des passages de Luc 1-28, 11-35 que cela « impliquait déjà un grand respect pour Marie ». En effet, il y a un certain respect pour Marie, de la part de l'Ange, dans l'Annonciation, de la part de Dieu plutôt qui incline son Ange devant elle, delà part d'Elisabeth dans la Visitation, de la part de Joseph, de la part des bergers, de la part des mages, dans les scènes de la Nativité, de la part de Siméon dans la Présentation, de la part de Jésus pendant les années de sa jeunesse, que l'Évangélisle résume ainsi : « Et il leur était soumis ». Ce que M. Renan traduit : « La

Et quelle importance ! Une note précieuse nous le dit. « L'expression de « frère du Seigneur » constitua évidemment dans TÉglise primitive, une espèce d'ordre parallèle à celui des Apôtres ^. »

Nous voici donc en présence de personnages importants, aussi importants que les Apôtres. C'est le cas de dire : « Les noms, s'il vous plaît, on demande les noms! » — « Tous sont restés obscurs. » Si obscurs, que les Évangélistes ne les connaissent pas. Si obscurs que leurs propres compatriotes ne savent pas leurs noms et que, frappés sans doute de cette étrange affection cérébrale qui fait prononcer un mot pour l'autre, — une épidémie unique dans les fastes de l'histoire, — ils citent les noms des cousins au lieu de citer les noms des frères.

Vous croyez que je plaisante! Vous me prêtez beaucoup d'esprit. Je ne m'en reconnais pas assez pour inventer une si délicieuse charge. Écoutez... (( Leur nom était inconnu, à tel point que quand l'évangéliste met dans la bouche des gens de

légende se plaît à le montrer, dès son enfance, en révolte contre l'autorité paternelle » {Vie de Jésus, p. 24), de la part de Jésus, au premier jour de sa vie publique, en accomplissant le miracle de Cana, à sa prière, et au dernier instant de son existence, en lui faisant une place unique dans la préoccupation d'un Rédempteur mourant qui embrassait l'universelle humanité.

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