‹ La contrefaçon du ChristChapitre 6 sur 150 · PREMIÈRE CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONFÉRENCE

Mesdames, Messieurs,

Vous ne m'en voudrez pas, de déposer au seuil do nos quelques réunions hebdomadaires une parole de bienvenue et de gratitude.

Les anciens Grecs et Romains, passés maîtres dans Fart des bienséances, sculptaient au frontispice de la maison qu'ils voulaient hospitalière et bienfaisante aux amis, un simple mot

Salve — X^tpc.

Salut! Merci!

Comme eux, j'inscris au fronton des quelques conférences auxquelles je vous ai conviés, le Salut de bienvenue et le Merci de l'action de

grâces, en Tespoir que les quelques moments où nous communierons ensemble à la même foi et au même idéal, nous seront également agréables et pleins d'un noble profit.

S'il est vrai que la passion soit fille des grands troubles et que l'éloquence soit fille de la passion, votre sympathie a le droit d'attendre de moi une éloquence magnifiée par toutes les passions que suscitent au fond d'une âme indépendante et chrétienne les événements troublés dont nous sommes tout à la fois et témoins et victimes.

Bien des époques de notre histoire ont offert des spectacles plus tragiques, aucune n'en a offert de plus douloureux. Nos pères ont contemplé des ruines plus effroyables, ils n'ont jamais subi de plus dangereux ébranlements. Le sang n'inonde pas les places publiques, comme aux heures triomphales de la Révolution, et le chef du gouvernement pouvait se vanter naguère, à Tréguier, comme d'une marque d'un libéralisme non équivoque, <( de n'avoir encore coupé aucune tête M » ; mais ce qui a plus de prix que la vie des individus, l'existence nationale est

1. M. E. Combes, Discours prononcé à l'occasion de Finauguralion du monument de Renan, Journal officiel^ 15 septem bre 1903.

menacée, et de toutes parts fonctionne la guillotine sèche dont les coups liberticides auront plus sûrement raison des résistances vitales de la nation que le couperet des grands ancêtres de 1793.

Aux Jacobins aux mains rouges ont succédé les Jacobins aux mains sales ; ceux-là ne remuaient que les têtes, ceux-ci désagrègent les fondements des institutions. La France s'est réveillée meurtrie, mais purifiée, de son bain de sang, à l'aurore du siècle dernier; au seuil de celui-ci, elle s'écroule honteusement, tandis que les malfaiteurs couvrent de leur chanson le bruit du travail de mort qu'ils accomplissent. Et les indignations fermentent en présence de tant d'impudence d'une part, et, hélas, faut-il le dire aussi, de tant de résignation de l'autre. Le cœur déborde et Ton voudrait d'une voix vengeresse crier à son pays : Réveille-toi enfin de ton sommeil stupide ; prends conscience du péril : les murs vacillent, les bases fléchissent ; debout pour la lutte et le travail rénovateur ! Comme les Hébreux qui rebâtissaient leur temple, prends d'une main la truelle pour assurer les pierres de l'édifice, et de l'autre, Fépée pour repousser rennemi !

Mais une réflexion se présente qui tempère la passion et arrête l'éloquence du Verbe au moment où elle allait jaillir.

Que sont donc les secousses qui nous font] trembler ? Que sont les luttes qui nous divisent, les iniquités qui nous accablent et les prochaines destructions qui nous menacent? Des effets, de purs effets, auxquels nul ne saurait remédier, s'il n'a le souci de remonter jusqu'à leur cause.

Les principes et les intérêts sont aux prises, les haines et les envies sont déchaînées, le fanatisme livre à la liberté une guerre sans merci; l'édifice tremble et va nous écraser sous sa chute.

C'est bien, mais ne vous dissimulez pas que le péril vient des bases mêmes. La pierre de fondement est ébranlée ; elle va être arrachée et avec elle va choir toute la maison, j'entends toute la société.

Or, notre civilisation est assise entièrement, sur Celui qui s'est appelé : <( la pierre d'angle » hors laquelle aucune nation n'a de stabilité. Écoutez Renan lui-même : « Mille fois plus vivant, mille fois plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l'humanité, qu'arracher ton nom de ce mondes serait l'ébranler jusqu'aux fondements ^ . . » Quatorze siècles d'histoire nous enseignent éloquem-

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