Vie de Jésus, p
ment que la grandeur de notre Patrie en sa double forme de gloire et de prospérité matérielle a toujours été en raison directe de sa fidélité à correspondre à la grâce de ses origines chrétiennes.
Rejeter le Christ de notre nation, c'est ébranler la pierre angulaire; ébranler la pierre angulaire, c'est renverser la maison.
Et ne pensez-vous pas dès lors que le plus haut service qu'un citoyen puisse rendre à son pays, à l'heure actuelle, est moins de dénoncer les maux partiels dont nous souffrons, en y cherchant un vain palliatif, que de pénétrer jusqu'aux causes profondes pour y appliquer un remède radical? N'est-ce pas, dans la mesure où il nous est donné d'agir sur les esprits et dans les âmes, d'empêcher que l'on ne touche aux fondements mêmes sur lesquels reposent la noblesse de la vie morale aussi bien que la tranquillité de la vie sociale ?
Pour moi, j'en ai la conviction, et c'est pourquoi je n'ai pas hésité à vous proposer comme matière d'étude, un sujet dont la gravité n'échappera à personne d'entre vous.
D'ailleurs, ce choix s'explique par certaines circonstances. A toutes les ruines qu'ils accumulent sur le sol de la France, les ennemis du christianisme viennent de donner une signifîca-
8 LA COiNTREFAÇON DU CHRIST.
tion obvie, en décernant les honneurs d'une apothéose officielle à Thomme qu'ils estiment avoir le plus travaillé, en ce siècle, à ruiner la foi en la Divinité de Jésus-Christ, c'est-à-dire à ébranler la pierre fondamentale de la société.
De l'inauguration d'une statue, ils ont fait le rit d'un culte. Tandis que les fidèles, cernés dans la vieille cathédrale de Tréguier, chantaient le Credo et Y Hosannah de la messe catholique, les officiants de la libre pensée élevaient la voix, — au seuil de cette même cathédrale, — pour célébrer leur demi-dieu, aux applaudissements d'une tourbe sans nom dont chaque cri était un blas- | phème et chaque parole une menace de mort. Depuis lors, les chaires universitaires et une j certaine presse dévouée à l'œuvre anti-chrétienne s'efforcent de rendre au nom de Renan le lustre dont l'avait dépouillé la critique impartiale ju- j géant au nom même du rationalisme, et travail- ' lent l'opinion publique pour donner à ce nom la i valeur d'un symbole. 1
Oui, l'auteur de la Vie de Jésus symbolise la ' lutte de l'incroyance contre la foi. On l'exalte, non pour ses qualités remarquables de styliste et de romancier, mais pour l'audace de ses attaques contre la Divinité du Christ. La philologie, l'exégèse, l'histoire, la politique même, du moins' dans la forme qu'elles affectent aux mains d'une
certaine école, lui ont dressé un autel, le déclarant à Tenvi leur patron.
Le patron des Nestoriens modernes qui se vantent d'avoir prouvé, en déchirant page par page les Livres saints, qu'il n'y reste rien de la réalité du Fils de Dieu fait homme. Mais le livre déchiré demeure dans sa substantielle intégrité ; la négation du petit-fils attardé de l'hérésiarque ne détruit rien. Jamais la Divinité du Christ n'est sortie aussi éclatante des attaques de ses adversaires que du livre de Renan. Il mérite, en vérité, d'être le Patron des savants et des critiques qui pensent avoir éliminé de l'histoire le Verbe éternel, mais (si j'osais une comparaison que je prie les saintes du Paradis de me pardonner) à la façon de sainte Cécile, qui est la patronne des musiciens, pour n'avoir jamais chanté, à la façon de sainte Barbe qui est patronne des artilleurs, pour n avoir jamais tiré le canon; ou du moins si Renan a chanté, il n'est pas un penseur aujourd'hui qui n'avoue qu'il a chanté faux; s'il a tiré le canon, il n'est pas un homme du métier, qui ne reconnaisse que sa pièce a fait long feu et n'a pu que blesser le tireur.
Comment tous les efforts tentés pour ébranler le fondement de l'édifice chrétien n'ont fait que le solidifier; comment l'adversaire habile et audacieux n'a pu, suivant la parole de Jésus, que
se briser là où il croyait briser, « car Celui qui tombera sur cette pierre s'y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé ^ » ; comment la figure de Jésus émerge plus splendide dans sa Divinité inviolée, des tentatives faites pour n'en laisser qu'une vulgaire Contrefaçon , voilà ce que j'essaierai de vous montrer dans cette brève série de conférences.
Il n'a pas manqué jusqu'à cette heure d'écrivains éminents qui ont opposé au roman démolisseur de Renan la réponse d'une savante critique. Au moment de l'apparition du volume surtout, les réfutations se multiplièrent, et des hommes d'une compétence insigne, repoussèrent j l'attaque de tous les côtés à la fois, et laissèrent ! bien peu à faire après eux. Toutefois, le regain d'actualité que le renégatisme au pouvoir s'efforce d'apporter à l'œuvre capitale de Renan, légitime l'effort que je tente, en faisant à mon tour acte d'apologiste consciencieux.
D'autres sujets, vibrants de toutes les notes passionnées qu'y éveillent les événements actuels, me tentaient. J'ai préféré dans une tonalité plus