‹ La contrefaçon du ChristChapitre 86 sur 150 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

suprêmes paroles et les actes suprêmes sont les chefs-d'œuvre de sublimité, de celui « qui ayant aimé les siens, les aima jusqu'à la fin! » Le frémissement, le trouble, les larmes sur la tombe de Lazare, et le cri qui rappelle à la vie! Le tremblement d'angoisse et le déchirement du « Jérusalem, Jérusalem!... oh combien de fois j'ai voulu t'amener sous mes ailes, comme la poule ses petits poussins!... » L'établissement de la sainte Eucharistie et les épanchements de Tamitié qui appelle ses disciples d'hier d'un nom nouveau « filioli, mes tout petits enfants! Soyez un, par l'amour, comme moi et mon Père nous ne sommes qu'un! » La sollicitude de l'agonie enfin qui oublie l'océan de tortures et l'œuvre infinie, afin de consoler le bandit pénitent et envelopper de la caresse dernière la mère dolente et le disciple fidèle!... toute cette finale, trempée de larmes, d'une épopée plus vaste que le Ciel et que les abîmes, réduite à cette ignoble conclusion!... « Il était, si on peut le dire, totalement hors de la nature; la famille, l'amitié, la patrie, n'avaient plus aucun sens pour lui... Parfois, on est tenté de croire que, voyant dans sa propre mort un moyen de fonder son royaume, il conçut de propos délibéré le dessein de se faire tuer^. »

Le blasphème est lancé, mais le blasphémateur semble tellement troublé de son énormité, qu'il ne craint pas, comme je l'ai dit, d'essayer de disculper Jésus de Taberration et du crime qu'il lui prête, en les attribuant à l'humanité tout entière.

« Les idées étroites qui se sont répandues de nos jours sur la folie égarent de la façon la plus grave nos jugements historiques dans les questions de ce genre. Un état où l'on dit des choses dont on n'a pas conscience (pour tout le monde c'est l'idiotisme), où la pensée se produit sans que la volonté l'appelle et la règle (pour tout le monde encore, c'est l'aliénation mentale), expose un homme à être séquestré comme halluciné. Autrefois, cela s'appelait prophétie et inspiration. »

Par conséquent, Bicêtre et Charenton sont chez nous les succédanés de l'école des Prophètes.

Isaïe, Daniel, Ezéchiel foisonnent dans nos maisons de santé. L'inspiration qui fît vibrer la lyre de David, émeut toujours l'âme enthousiaste de leurs pensionnaires. Homère, Ossian, Dante s'y survivent. Autrefois, cela s'appelait prophétie et inspiration. Aujourd'hui, cela s'appelle folie.

D'avoir pu conduire la plume de son ennemi à écrire, sans se briser, de pareilles turpitudes intellectuelles, prouve la toute-puissance du silencieux accusé !

La plus irréfutable des apologies de la Divinité de Jésus-Christ n'a été écrite, ni par les docteurs augustes des premiers âges, ni par les savants compilateurs du moyen âge, ni par les orateurs passionnés de nos jours; elle jaillit des efforts impuissants et ridicules de l'impiété à expliquer la grandeur surhumaine de la personne et des prétentions du Christ, en dehors de cette seule explication causale : « Ayant la nature de Dieu, il n'a pas commis une usurpation en se posant Tégal

de Dieu ^ . »

j'avoue que ce n'est pas sans une profonde répugnance que je consens à relever, pour que le dernier mot ne reste pas à l'insulte, des allégations dont la trame semble avoir été tissée par les mains du mensonge et de l'ignorance. Mon embarras ne vient pas de la difficulté de trouver des arguments, mais d'en pouvoir diminuer le nombre, pour les faire tenir dans les quelques moments dont nous disposons. Car c'est une chose qui ne vous échappe pas, que là où il suffît d'un mot pour détruire, il faut de longues preuves pour rétablir. Le coup de bélier ou la mine qui éclate, brise, en un moment, murailles et bastions ; combien ne faut-il

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