‹ La contrefaçon du ChristChapitre 9 sur 150 · De la croyance due à l'Evangile · texte numérisé non relu

De la croyance due à l'Evangile

Mais quels livres ! Ils valent à eux seuls plusieurs bibliothèques.

Vous l'allez voir par le seul énoncé.

« Études critiques sur l'évangile de saint Matthieu^ par M. Albert Réville, pasteur de l'église wallonne de Rotterdam. Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique^ par M. Reuss, professeur à la Faculté de théologie et au séminaire protestant de Strasbourg. Des doctrines religieuses des Juif s pendant les deux siècles antérieurs à l'ère chrétienne ^ par Michel Nicolas, professeur à la Faculté de théologie protestante de Montauban. Vie de Jésus ^ par le D'' Strauss, traduite par M. Littré, membre de l'Institut. Revue de théologie et de philosophie chrétienne^ publiée sous la direction de M. Colani, de 1850 à 1857. Nouvelle revue de théologie^ faisant suite à la précédente, depuis 1858. »

Toutefois, pour être exact, il faut ajouter à ces cinq auteurs, un sixième, spécialement désigné en note : « Au moment où ces pages s'impriment, paraît un livre que je n'hésite pas à joindre aux précédents, quoique je n'aie pu le lire avec l'attention qu'il mérite : Les Évangiles^ par M. Gustave d'Eichtal. »

Coïncidence admirable! De tant de docteurs qui ont illustré dix-neuf siècles de christianisme, il ne s'en trouve que cinq qui méritent de solli-

citer rattention des lecteurs! Et tous les cinq sont protestants! Et tous les cinq sont rationalistes! Et tous les cinq attaquent la Divinité du Christ ! Au dernier moment, un sixième se présente. On ne l'a guère lu avec l'attention qu'il mérite, mais son titre et sa religion le recommandent. Il porte en son nom sa valeur intrinsèque. Son origine lui tiendrait lieu au besoin de tout mérite : il est protestant et négateur. Qu'on l'adjoigne aux premiers. C'est « un excellent écrit ». Or, j'ai tenu à parcourir quelques pages, ouvertes au hasard de la lecture, et j'ai compris la raison dernière pour laquelle ces auteurs sont « spécialement recommandés ».

Écoutez ce passage de M. Colani qui résume assez bien l'esprit et les méthodes diverses de l'école hypercritique : « Il nous faut un Christ vivant, réel, humain. Cette génération... qui est l'enfant de dix-huit siècles de civilisation chrétienne, veut pour maître une personne appartenant à l'histoire positive, et non plus au domaine nébuleux de l'abstraction théologique... Elle ne croira en lui que lorsqu'elle aura mis, comme Thomas, le doigt dans la marque des clous et la main dans la plaie de son cœur, je veux dire, lorsqu'elle aura senti les cicatrices qu'ont laissées sur l'âme du Fils de l'homme les luttes journalières de la vie spirituelle... Ce n est pas

tel OU tel détail de son histoire qui me heurte; c'est la personne elle-même du Christ qui me blesse et me froisse... je me sens capable d'avoir du respect, de la vénération pour un homme excellent, religieux; mais je suis un peu trop vieux pour m'incliner devant un Dieu fait homme, qui meurt et qui ressuscite i. »

Voilà en raccourci toute la Vie de Jésus de Renan. L'auteur français, incapable d'avoir une idée absolument originale, mais merveilleusement outillé pour mettre en valeur Tidée lancée et la sertir en son cadre, n'a plus qu'à s'emparer de cette donnée. Tout son effort va être de découvrir les cicatrices qui doivent demeurer dans la conscience de Jésus; toute son habileté de dépouiller de sa divinité la personne du Christ pour en faire un homme de stature colossale, digne de respect et de vénération, elles 450 pages de son roman se termineront par ces lignes qui ne semblent que la paraphrase des c< excellents écrits » de ses amis protestants et rationalistes : (( Jésus est la plus haute de ces colonnes qui montrent à l'homme d'où il vient et où il doit tendre. . . De même que plusieurs de ses grands côtés sont perdus pour nous, par la faute de ses disciples, il est probable aussi que beaucoup de ses fautes

1. F. Colani, Jésus-Christ et les croyances messianiques de son temps.

ont été dissimulées... Mais quels que puissent être les phénomènes inattendus de Tavenir, Jésus ne sera pas surpassé ^.. »

Il n'a pu découvrir « les cicatrices )>, mais il les suppose, et avec sa coutumière insolence, il établit une thèse sur un néant et conclut en incriminant tout à la fois la sincérité des Évangélistes et la sainteté du Maître : «... il est probable que beaucoup de ses fautes ont été dissimulées ! » Et dans ses Études : « Jésus ne nous semble-t-il pas dégagé des faiblesses humaines que parce que nous ne le voyons que de loin et à travers le nuage de la légende? N'est-ce pas parce que les moyens nous manquent pour le critiquer qu'il nous apparaît dans l'histoire comme le seul irréprochable? Si nous le touchions comme Socrate, ne trouverions-nous pas à ses pieds quelque peu du limon terrestre 2? »

« Qui de vous me convaincra de péché? » Ce fier défi jeté par Jésus à toutes les haines éveillées, à tous ceux qui pouvaient « le toucher », n'a été relevé que deux fois : la première, par les faux témoins du Prétoire; la seconde, par les faux témoins de la pseudo-critique de notre siècle. Mais ici et là, il faut appliquer la parole de l'Évangile : « Et tout en cherchant à faire

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