‹ La contrefaçon du ChristChapitre 92 sur 150 · Epist., II · texte numérisé non relu

Epist., II

intervention qui explique l'évolution de certains esprits, du Pharisianisme qui représentait le traditionalisme exagéré jusqu'au Sadducéisme qui affectait le rationalisme le plus absolu. L'âme juive était donc travaillée par les dissolvants habituels des peuples : le scepticisme, qui avait accompagné sur les champs de bataille de la Palestine, Alexandre le Grand, meneur d'armées, dans la personne de Pyrrhon, et le sensualisme, dans la personne d'Épicure,qui enseignait la négation de l'immortalité et la fatalité d'une loi mondiale sans Providence.

Scribes et rabbis étaient au courant de ces dangereuses théories, et le Talmud, dont M. Renan accepte l'autorité, recommande aux disciples « d'être diligents à lire la Thorah, pour pouvoir réfuter Épicure ^ ». Ces paroles sont mises sur les lèvres du rabbi Éléazar, qui vivait 10 ou 15 ans avant le Christ, ce qui fait présumer que la philosophie grecque exerçait son influence jusque dans les rangs du peuple. Est-il raisonnable de croire qu'ainsi enveloppé de l'âme et du verbe de ce grand peuple grec, Jésus ait été le seul homme à ignorer tout de lui?

Pierre parlait le grec, sans doute, quand il s'adressait à une foule composée de « gens de

1. Pirké Aboth, ii, 18, recueil des sentences des docteurs juifs.

Cyrène, d'étrangers venus de Rome, de Juifs et de prosélytes ». Paul maniait également le grec et l'hébreu. Les œuvres qui nous sont parvenues de lui, montrent qu'il savait ses classiques, par les citations qu'il fait de trois poètes de FAttique. Jacques écrit une épître en grec, où la marque de son origine éclate dans un bon nombre dliébraïsmes. Pierre et Jean également. Matthieu, s'il n'écrivit pas son Évangile en grec, ce que contestent de graves critiques, est l'auteur de la traduction de l'original hébreu en cette langue, sans laquelle il n'eût pu accomplir d'une manière efficace son ministère apostolique, au milieu d'un peuple composé en grande partie d'Hellénisants.

Renan est donc bien mal inspiré de prétendre que Jésus était moins instruit que les pêcheurs qu'il appelait à sa suite, et que, — pour des raisons qu'il nous est pénible de ne pas apprendre, — il se soit volontairement mis dans l'impossibilité d'évangéliserles étrangers qui composaient la majorité des villes qui avoisinaient sa demeure, villes qu'il parcourait sans cesse quand il n'y résidait pas.

D'autant plus mal inspiré, qu'il me semble difficile d'expliquer comment, sans la connaissance de cette langue grecque, le Sauveur put s'entretenir avec Pilate^, avec le centurion romain-,

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