AU TESSIN ET AFRIBOURG
Il résulte, de l'aveu même des journaux uUramontains, que sur environ 25,000 vottints cjui se sont présentés aux urnes le 3 mars, au Ti^ssin, la nugorité conservatrice n'est pas supérieure a Tï ou 600 voix. Et si Ton accueille les chiffres indiqués par Ica joiii-naux libéraux, cette majorité n'est plus que è'h peint:^ 300 voix, sans parler des 6 à 700 ciloyeuî? que Ton u injustement exclus du scrutin et sur les droite desquels une enquête fédérale se poursuit.
Quoi qu'il en soit, une situation politique qui doun<^ à 12,(>00 électeurs 77 députés contre ;>5 à 12,300 est une situation anormale et l'on comprend facilement que les libéraux tessinois se plaignent amèrement, surtout si l'on tient compte de l'influéuce du gouvernement, lequel dispose toujours de plusieurs centaines de suffrages. Il résulte de ce vote que ]n vraîo majorité populaire est libérale et que cependant ell<> ne dispose p'^s d'un tiers des voix au Grand Conseil. C'est une énormité.
Mais il y a mieux. Dans le Sotto-Onere, la ivinjorité libérale des votants est incontestable ; elle est de plus de 700 voix. Et cependant, dans cette ptïtM.fe du canton, grâce aux découpure^ artistiques des ct^rcleâ électoraux, les libéraux n'ont que 21 sièges et les ultramontains 33!
S'il faut appeler les choses par leur nom, cVst non seulement une révoltante iniquité, niais un syslt^nn* pareil constitue une vraie confisefttion des drnilT^ populaires, un audacieux attentat au snlTra^e universel.
Anssiç les libéraux tessinois ont-ils mille fois raison de réclamer, par tous les moyens légaux, par la •voie des recours comme par une revision constitutionnelle, la fin d'un pareil régime et ils doivent avoir toutes les sympathies de la Suisse libérale.
Il n'y a, du reste, pas que le Tessin dont les populations libérales soient violentées d'une aussi indigne façon. A Fribourg, la majorité ultramontaine <;ompte au maximum 15 à 16,000 voix contre 8 à 9,000 au bas mot, si l'on tient compte du parti publicard. Le Grand Conseil, avec des circonscriptions normales, devrait compter une soixantaine de députés de la majorité contre 30 à 35 appartenant aux deux partis de la minorité. Au lieu de cela, nous avons pour toute députation 12 députés, dont 2 ou 3 •encore votent assez régulièrement avec le Gouvernement.
Ce sont de telles situations, injustes, antidémocratiques, immorales, qui propagent les haines et les divisions, ce sont elles qui provoquent les révolutions. Et certes, si les Tessinois libéraux faisaient jamais justice des abus dont ils souffrent, ce ne serait pas à nous à leur jeter la pierre.
On nous croira sur parole si nous affirmons •que les journaux conservateurs xsuisses relèvent souvent contre l'exclusivisme des majorités radicales. •des faits qui sont le pendant exact de ceux qu'on vient d'entendre les radicaux reprocher à leurs adversaires politiques. Qu'il nous suffise de citer ce flagrant déni •de justice : dans ies cantons de Vaud et de Neuchâtel, où l'opposition conservatrice libérale forme au minimum un bon tiers de la population, elle n'a pas.