Les lésions de la maladie expérimentale
Les lésions cutanées des animaux contaminés expérimentalement ont une histologie très voisine de celles de l'herpès humain (Marian 1923). Comme celles-ci sont connues depuis longtemps, nous n'insisterons que sur les points encore mal établis de la question et nous décrirons ensuite avec plus de détails les altérations des autres organes qui, elles, n’ont été bien étudiées que chez le lapin.
La peau présente des lésions des cellules du corps muqueux. Celles-ci sont atteintes de dégénérescence trouble ou fibrineuse, puis dissociées par un œdëème intercellulaire. C’est la vésicule dite de formation interstitielle dans laquelle flottent les débris cellulaires. ;
Ce processus s'oppose à celui de la vésicule vaccinale ou varioleuse de formation parenchymateuse par accumulation de liquide à l’intérieur des cellules ma'pighiennes (altération cavitaire de LeLoir). Il se produit ainsi d'abord des vésicules minuscules unicellulaires, puis une vésicule cloisonnée. Ce mode de formation diffère aussi de celui de la vésicule eczémateuse où il y a bien œdème interstitiel mais en même temps étirement en réseau des cellules malpighiennes (spongiose de Besnier) ; et de celui des vésicules du zona et de la varicelle où il y a à la fois œdème interstitiel et altération ballonisante de UNNA, processus
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spécial consistant en une hypertrophie avec multipli-
cation des noyaux.
Au-dessous de la vésicule, le corps muqueux est infiltré de polynucléaires qui peu à peu envahissent sa cavité. Le derme lui aussi peut être intéressé, et Mirian y a noté, dans un cas d’herpès récidivant, des infiltrats cellulaires du derme papillaire qui persistent dans l'intervalle des poussées et constitueraient ainsi, d'après cet auteur, la signature de la présence latente du virus à ce niveau.
Un point encore bien obscur de l’histologie de l'herpès est la question des inclusions nucléaires. Les noyaux des cellules dégénérées présentent en effet de petits corpuscules compacts qui les remplissent à peu prés et ont été décrits en 1921 par Lipscnürz auquel nous devons la découverte de formations analogues dans les cellules du zona. Nombre d’affections présentant des rapports avec l'herpès nous montrent d'ailleurs des altérations de ce genre : Corps de Levapiri et HarviER dans l’encéphalite léthargique, de NeGri dans la rage, de HIinTze dans la fièvre aphteuse, de GuarNiERi dans la vaccine, de PAscHEN dans la variole, de Borrez dans la clavelée, de HaALBERSTADTER et PRrowazeck dans le trachome, de San FELICE dans Île molluscum contagiosum, enfin corps de la blennorrhée du nouveau-né dite. à inclusions. Le siège de ces corpuscules est intranucléaire ou cytoplasmique, et dans ce cas ils entourent le noyau à la façon d’une chemise (chlamydozoaires), à moïns qu’ils ne cireulent librement dans le liquide de la vésicule. Leur forme et leur grandeur sont variables. Ils sonttrès oxyphiles et se colorent en rouge par le Giemsa ce qui les différencie des nucléoles apparaissant en bleu par la même méthode. Leur structure n’a été précisée que dans les corpuscules de NeGri et de GuarNieri. Ceux-ci seraient formés par l’agglomération de masses chro-
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matiques elles-mêmes dissociables en éléments plus
petits où initiaux dits de VorpiNo, de Pascnen, de von PRowaAZECKk, que l’on peut aussi trouver à l’état isolé et qui contrairement aux gros corpuscules seraient capables de traverser les filtres. Leur signification reste discutée. On les a considérés, soit comme des protozoaires à leurs différentes phases d'évolution, kystique ou sporulée, soit comme des produits de dégénérescence cellulaire et nucléaire, la chromatine se transformant et se condensant sous forme d'inclusions sur la membrane du noyau cellulaire. Nous. ne pouvons entrer dans le détail de la discussion et noterons seulement que la nature parasitaire de ces formations a été invoquée jadis pour le cancer (sarcosporidies), qu’elle vient d’être reprise pour l’encéphalite épizootique du lapin (encé-. phalitozoon cuniculi), (Dorrr et DZzansky, LEVADITI, Nicozau et Mile ScHoEN) provoquant la formation d'inclusions à même colorabilité en rouge à la méthode de Mann et plus récemment pour la rage et les corps de NeGri par LEvADITI et Ses collaborateurs. En ce qui concerne l'herpès, l'interprétation des corps de Lipscaürz reste entièrement à préciser.
La cornée chez le lapin nous montre des altérations analogues à celles que nous venons de voir : Nécrobiose cellulaire avec dégénérescence ballonnée (LUGER et Lanpa 1921) inclusions nucléaires apparaissant dès la septième heure après scarification de la cornée avec le virus de l’herpès fébrile. D'autre part on y trouve des lésions analogues à celles de la kératite inflammatoire aiguë : infiltration par des lymphocytes et des polynucléaires plus ou moins dégénérés, nécrose superficielle et ulcérations.
Le système nerveux central et périphérique présente des modifications beaucoup plus intéressantes à étudier parce que, jusqu’à présent, elles n'ont été
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établies avec certitude que dans la maladie expérimentale, et chez le lapin en particulier.
Le cerveau est atteint de lésions trés voisines de celles de l’encéphalite léthargique. Leur aspect varie d'ailleurs avec la virulence du germe. (LEvADITI et NicoLauU, LE FÈVRE DE ARRIC).
On distingue des lésions aiguës et subaiguës.
Dans l’encéphalite aiguë, par exemple, chez le lapin ayant fait une maladie mortelle en 8 jours on trouve:
1° Une méningite à mononucléaires prédominants accompagnés d'ailleurs de quelques polynucléaires et localisée sur le cortex et les septa où l’on remarque en outre quelques hémorragies ;
2 Une encéphalite, inflammation parenchymateuse avec infiltration de leucocytes granuleux, dégénérescence des cellules nerveuses qui sont résorbées par des polynucléaires (neuronophagie, LEvVADITI, HARVIER et Nicozau) et d'autre part présence d'hémorragies interstitielles ;
3 Une périvascularite qui consiste dans la formation de foyers de mononucléaires autour des vaisseaux, constituant les manchons périvasculaires. Ce processus se réaliserait à la suite de thromboses périvasculaires (LevaDiTI et HARVIER).
Dans l’encéphalite subaiguë, chez des lapins ayant par exemple fait une maladie lente et sacrifiès pour examen au bout de 8 jours en rencontrera :
1° Une méningite très légère à monocucléaires ;
2 Une simple infiltration discrète de l’encéphale, sans encéphalite véritable, marquée par la présence de mononucléaires et une hypertrophie des cellules névrogliques sans neuronophagie ;
3° Une périvascularite à manchons lymphocytaires très nets.
Entre ces types différents on observe d’ailleurs tous: les degrés intermédiaires.
Les lésions sont en général prédominantes au niveau du cerveau et en particulier de l’hippocampe, de la corne d’Ammox, et du mésocéphale, régions qui pour Levapiri et ses collaborateurs constituent une «zone élective » analogue à celle de l’encéphalite léthargique.
Certains auteurs, et notamment DRAGANEsCO, objectent cependant que cette uniformité de siège doit être attribuée avant tout à la constance du point inoculé par les expérimentateurs, presque toujours la cornée.
MariNEsco et DRAGANESscO ont montré, d'autre part, que les lésions loin de se limiter toujours à l’encéphale peuvent diffuser dans tout le névraxe et même se rencontrer hors des centres. Elles y sont du même type, en général plus. discrètes, mais ceci n’a rien d’absolu et dans certains cas ces auteurs les ont trouvées plus marquées dans le bulbe et dans la moelle que dans la zone élective. Ils les ont décrites ainsi däns les pédoncules cérébelleux, le cervelet, le bulbe, la moelle, les ganglions rachidiens et LE FÈVRE DE ARRIC a mis en évidence au niveau de ces derniers des granulations dont la description se rapproche de celle des corps de Lipscaürz. Les ganglions des nerfs craniens et notamment le ganglion plexiforme du pneurmogastrique, les ganglions sympathiques, et en particulier le cervical supérieur, pourraient subir des altérations comparables, surtout d'ordre hyperhémique. Enfin les nerfs eux-mêmes ont été vus par MariNEsco et DRAGANESsco avec des lésions très voisines de celles de la névrite ascendante: réaction vasculaire, infiltration cellulaire des gaines lymphatiques, parfois destruction des fibres radiculaires. Ces lésions des nerfs ont été trouvées également par GooDPAsTURE et TEAGUE après inoculation cornéenne : il y avait lésions des noyaux
d'origine des nerfs inoculés dans la protubérance et le bulbe, lésions de la racine descendante du trijumeau et de celle du spinal externe, présence de corps de Lirscaürz dans la portion intradurale des nerfs et dans leurs cellules d'origine.
Les lésions des autres organes ont été peu étudiées. SzYMANOWSKkI et ZYLBERBLAST ZaAND en 1923 ont signalé l'existence d’une infiltration cellulaire autour des canalicules biliaires et parfois entre les cellules hépatiques. P.Teissier et ses collaborateurs ont noté la congestion du rein après les inoculations intrasurrénales sans y retrouver l’infiltration précédente, non plus du reste que dans la rate. Lipscnürz a signalé l'hypertrophie des ganglions Iymphatiques dans l'herpès, mais nous n'avons trouvé aucun renseignement sur les altérations structurales de ces derniers. À défaut de documents sur les lésions secondaires des organes, nous noterons en terminant que GOODPASTURE et TEAGUE examinant des tissus et des organes qu'ils avaient inoculès « in situ » 24 heures auparavant avec le virus de l'herpès ont trouvé des granulations de Liescaürz au niveau de la peau, de la région cutanéomuqueuse des lèvres, de la cornée, de la conjonctive, dela muqueuse buccale, de la trachée, du foie, des surrénales, de l'ovaire, du testicule, du cerveau, de la moelle, de la rétine. Ils n’ont pu les mettre en évidence ni dans la rate, les reins, le péritoine, les muscles, le tissu sous-cutané et les glandes salivaires.
4. — Le Diagnostic de la Maladie expérimentale Le diagnostic de la maladie expérimentale doit se
faire avec une critique sévère car nombreuses sont les sources d'erreur. N'oublions pas que Levapiri