‹ La Contribution de la Méthode expérimentale à l'étude de l'HérpèsChapitre 9 sur 61 · Les symptômes · texte numérisé non relu

Les symptômes

de la maladie expérimentale

L'herpès du lapin est des plus variables. Il est conditionné en effet par trois facteurs, la voie d’inoculation, le virus avec ses qualités de souche, de virulence, d’affinité, enfin la résistance individuelle de l’animal.

Nous décrirons successivement l'herpès aigu qui peut être une affection locale ou générale, et l’herpès chronique.

Les herpès locaux différent naturellement avec le point inoculé. Le plus habituel est l'herpès cornéen. Après une incubation variable, en général de 20 à 48 heures, rarement de 2 à 6 jours, apparaît un trouble de la cornée, puis une tache laiteuse à contours diffus avec vascularisation de la conjonctive. Il se développe alors de petites vésicules, du reste non constantes, (Kératite sans vésicules de Mizran) qui se troublent soit en demeurant aseptiques, soit en donnant une conjonctivite séropuruiente à pus blanchâtre d’où chémosis, tuméfaction et accolement des paupières. Dans ce pus on trouve des cellules dégénérées et des polynucléaires, au début sans microbes (LucEr et LanpA 1921) par la suite habituellement accompagnées de pyogènes qui donnent une suppuration franche. La régression se fait sans traces au bout de 2 à 3 semaines. C'est là un processus très comparable à celui de la kératite encéphalitique. Les accidents cornéens peuvent d’ailleurs succéder également à une inoculation intraveineuse de produit virulent (LuGER et LANDA) ou même à une injection intracérébrale suivie d’une scarification de la cornée (BLanc et CamiNopETRos 1923). Dans ce dernier cas le virus pullule d’abord sur la

cornée et n’y produit des lésions qu'après le traumatisme.

L'herpés irien succède à l’inoculation de la chambre antérieure de l'œil. Il consiste en une iritis avec dépigmentation cicatricielle (LOEWENSTEIN).

L'herpès cutané se présente sous forme de lésions tégumentaires plus où moins semblables à celles de l’herpès de l’homme. Levapiri a montré qu’en inoculant du liquide de vésicule d’herpès à la peau du flanc du lapin (procédé CaLmeTrE et Guérin) celle-ci est le lendemain irritée le long des stries de scarification, présente au cinquième jour une éruption papuleuse et squameuse, au sixième une éruption de vésicules qui se dessèchent ultérieurement ou finissent par former de petites pustules se cicatrisant par la suite.

L'herpès génital du lapin (Levapiri: et NicoLau) est sensiblement analogue à l’herpès des muqueuses en général.

Les accidents locaux habituellement isolés peuvent évoluer simultanément donnant par exemple une association d'éruption cutanée et cornéenne ; ou bien se compliquer de phénomènes secondaires notamment d'infection généralisée et d’encéphalite.

Les troubles à distance ne sont en effet pas rares, mais leur fréquence est variable (83°/, des cas de VEGnI, 13 °/. de ceux de Dorrk et SCHNABEL). Ils succèdent rarement à l'herpès cutané (Levapiri et Nicozau 1923) plus souvent à l'herpès cornéen (Doerr et VôücariNG 1921) à peu près régulièrement à l'inoculation subdurale ou intracérébrale (BLanc et CamiINOPETROS, DoERR et SCHNABEL). Ils sont constitués par deux ordres de phénomènes distincts pouvant coexister ou évoluer séparément, d'une part une atteinte grave de l'état général, de l’autre des troubles nerveux rappelant l’encéphalite léthargique expérimentale (BLanc et CAMINOPETROS).

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Les troubles généraux ont été bien étudiés en 1923 par Le FÈvRE pe ARric. Ils consistent en fièvre élevée à 40° et suivie d'hypothermie, en anorexie et diarrhée accompagnées d’amaigrissement, de perte de poids considérable, le tout aboutissant à la mort en une quinzaine de jours. Le sang montre à l'apparition de la fièvre une hyperleucocytose de 8006 à 16000 et même 25000 globules blancs avec polynucléose à 80 9% et lymphocytopénie à 10%; à la fin cette leucocytose décroît en même temps que l’on trouve une mononucléose légère à 10 et 12%. Du côté des urines il y a albuminurie constante dès le deuxième jour de l’inoculation cérébrale ou cornéenne, cylindrurie à éléments hyalins et fibrineux, parfois granuleux, phosphaturie, exceptionnellement hématurie (après inoculation surrénale, P. Teissier et ses collaborateurs), et, contrairement à ce qui se passe dans la rage, on note toujours l'absence de glycosurie. Lorsque les phénomènes généraux existent seuls (formes suraiguës) la mort peut survenir en trois jours avec simplement de la dyspnée, de la tristesse, de l'inappétence et une température élevée.

Les phénomènes nerveux (Dozrr et SCHNABEL, LUGER et Lanpa, BLANC et CAMINOPETROS, STOCKER) accompagent le plus souvent l'atteinte de l’état général. Ils consistent en encéphalite et encéphalo-myélite. On peut trouver de la léthargie alternant avec des crises d’agitation, des spasmes rappelant la myoclonie, des parésies et des paralysies, des troubles sympathiques. Tantôt on rencontre du trismus, du grincement des dents ou des attitudes caractéristiques : déviation de la tête du côté malade ; mouvements de salutation ; mouvements de manège pendant lesquels l'animal tourne en cercle ; mouvements de tambour pendant lesquels il se dresse sur son arrière-train et présente des mouvements des pattes rappelant le jeu du tam-

bour ; ou encore crises violentes où l’on voit le lapin s’élancer contre les barreaux de sa cage, renverser la tête en arrière, tomber, puis se relever pour recommencer, Tantôt on observera des paralysies pouvant débuter soit par les membres supérieurs, soit par les inférieurs et rappeler ainsi le syndrome de LanDry. Tantôt enfin l'atteinte du sympathique en dehors de la tachycardie, sera marquée par deux signes assez spéciaux : le larmoiement qui serait rare d’après FLExNER et Amoss, et la salivation qui serait un symptôme à peu près constant et assez caractéristique.

L'herpès nerveux survient en général après inoculation intracérébrale, mais on l’a vu aussi succéder à des inoculations cornéennes, rachidiennes (VERRATI et SALA), testiculaires, surrénales (Tessier et ses collaborateurs) trachéales, intraveineuses accompagnées de traumatismes cérébraux (VERRATI et SALA), voire même cutanées : c’est ainsi que NicoLau et PoiNcLoux en 1924 inoculant la peau d'un lapin avec du virus récidivant de passage cérébral voient l'animal 15 jours plus tard mourir de névraxite herpétique typique alors même qu'il n'avait présenté aucune réaction cutanée. On observe d’ailleurs inversement la mort des animaux aprés des phénomènes généraux mais sans signes nerveux alors que le cerveau présente des lésions manifestes d'encéphalite et se montre virulent, comme cela se passe dans l’inoculation surrénale.

Le déterminisme de ces phénomènes généraux reste au surplus discuté. On a incriminé les fortes doses de virus (Dorrr et VôcuTiNc), la voie de pénétration (FLEXNER et Amoss), les traumatismes nerveux concomitants (VERRATI et SALA 1923, Le FÈvVRE DE ARRic et Mircer 1925), la sensibilité et la résistance du sujet, enfin l’affinité propre du virus. De fait les inoculations intracérébrales, intraveineuses accompagnées de choc sur la tête ou d'injection intrarachidienne d’eau dis-

tillée se sont montrées plus particulièrement efficaces et le virus fixe de passage cérébral agit plus sûrement que celui d'herpès génital (BLanc et CAMINOPETROS) ou récidivant (Nicozau et Poincroux).

L'herpès chronique a surtout été étudié par LE FÈVRE DE ARRIC. Il faut distinguer d’un côté l'herpès aigu à

retardement qui n’est pas différent de l’herpés habi-

tuel, mais survient après une incubation qui peut atteindre un mois, sans que son évolution et sa gravité soient d’ailleurs atténuées ; et d’un autre côté l’herpès chronique vrai qui peut succéder à une incubation normale et des signes aigus qui évoluent peu à peu vers la chronicité, ou avoir une incubation longue et des signes chroniques d'emblée. La maladie peut rétrocéder et guérir : ce sont les cas où l'on trouve des lésions discrètes des centres si l’on sacrifie l'animal ; plus souvent elle aboutit à une cachexie lente avec hypothermie amenant la mort parfois tardivement, dans certains cas 11 mois aprés l’inoculation. On rencontre alors le virus dans l’encéphale jusqu’à 51 jours après le début de l'infection (LE FÈVRE DE ARRIc) mais pas au delà, même dans les cas à évolution fatale (LE FÈVRE DE ARRIC).

L'herpès récidivant ne paraît pas exister chez le lapin qui, aussi bien, nous apparaît très différent de l’homme au point de vue de ses réactions immunologiques contre l'infection herpétique.

En somme le tableau de l’herpës expérimental chez une même espèce animale, le lapin, se présente sous des aspects cliniques très différents. Et cela a fait dire à Dore et SCHNABEL, à BLAnc et CAMINOPETROS et à la plupart des auteurs qui ont étudié la question, qu'il fallait être très prudent avant de conclure de l’image symptomatique de l’herpès du lapin à la nature et aux qualités du virus herpétique.

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L'herpés du cobaye a un tableau clinique pouvant se superposer à celui de la maladie du lapin. La kératite réalisée pour la première fois par Dorrr et VôcariNG se produit vers le second jour suivant l'inoculation (Micra et PEriN). , L'encéphalite constatée d’abord seulement après inoculation subdurale, puis après simple inoculation cornéenne, parfois mêmenon suivie de kératite (Mizran et PEriN 1924) aboutit à la mort du troisième au onzième jour. Le matériel d'inoculation peut indifféremment provenir de l'homme, du lapin ou du cobaye.

L'herpés du rat blanc, étudiè par P. Teissier, P.GasrinEL et J. Reizzy en 1922 n’est pas non plus sensiblement différent. La kératite existe, mais légère, passagère et inconstante, l'encéphalite est typique, mais peut se produire sans inoculation cérébrale préalable. Parfois la maladie reste latente et la mort survient sans signes cliniques prémonitoires, alors que le cerveau se montre virulent. Le rat paraît sensible au virus de l’homme et du lapin ; la voie d'inoculation employée a été la cornée ; les injections péritonéales et nerveuses (sciatique) se sont montrées négatives, les injections cérébrales et rachidiennes ne paraissent pas avoir été étudiées.

L'herpés de la souris ne donne lieu à aucune considération particulière.

L'herpès du chat vient d'être étudié tout récemment par REMLINGER et BaiLLy employant des ëémulsions cérébrales épaisses. L'incubation a été un peu plus longue que chez les autres animaux, la conjonctivite fréquente, mais non constante, les phénomènes paralytiques tout particulièrement marqués rappelant un peu ce quise passe dans la rage expérimentale. La mort survient après 2 ou 3 jours de maladie et l’on a pu réaliser la transmission de celle-ci au lapin et au cobaye.

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2 L'herpès du singe lui aussi est une acquisition récente surtout établie par les travaux de P. Tessier et de ses collaborateurs sur le callithrix (1925). La maladie du singe est d'autant plus intéressante qu’elle nous apparaît, sauf en ce qui concerne l’immunité, comme très voisine de celle de l’homme.

Les lésions de la peau sont, soit des vésicules typiques, soit de'petites formations papulo-croûteuses, secondairement érosives, transmissibles au lapin.

La kératite n’a pas été observée : on n’a pu produire qu'une opacité légère et les passages à la cornée du lapin, réalisés avec la sécrétion conjonctivale se sont montrés négatifs.

L'encéphalite n’a pu être reproduite ni par inocula- < tion intracérébrale de liquide vésiculaire humain, ni par celle de cerveau de lapins herpétiques atteints d'encéphalite. D'autre part, après les inoculations cutanées on n'a jamais noté de phénomènes paralyques de modifications du liquide céphalo-rachidien.

Les réactions générales manquent elles aussi.

Par contre, et contrairement à ce qui se passe chez l’homme, l’inoculation au singe confère à cet animal l'immunité ; cela alors que le sérum présente une réaction de fixation et en l’absence de tout pouvoir virulicide du sérum.

Ajoutons que l'homme est plus sensible au virus du singe qu'à celui du lapin et que le virus simien donne l’encéphalite au lapin.

En somme l'herpés du callithrix paraît, comme celui de l'homme, être strictement tégumentaire, même au moment où chez le lapin il peut par transmission manifester son pouvoir neurotrope.

L'herpés expérimental de l'homme est la reproduction de l’herpès tel que nous l'observons en clinique.

La lésion cutanée reproduit soit une efflorescence de vésicules typiques avec engorgement ganglionnaire (Lipscnürz), soit dans les auto-inoculations de troisième passage une formation papuleuse dont la nature herpétique est attestée par transmission à la cornée du lapin.

La lésion des muqueuses n’a pu être réalisée que sous forme de kératite dendritique par GRÜTER qui inocula avec succès à la cornée de l'homme du virus conjonctival prélevé sur le lapin. Le même auteur a cherché a reproduire l'herpès buccal, mais n'a pu obtenir qu’une stomatite grave après inoculation intraveineuse, stomatite dont la spécifité ne put être établie par contrôle à la cornée du lapin à cause de l'infection bactérienne concomitante.

L'herpès récidivant a été constaté expérimentalement chez l’homme, par S. Nicozau et A. Banciu (1923). Ces auteurs, avec du virus d’herpès récidivant ont observé des poussées successives et spontanées de vésicules, chez deux sujets inoculés. Il y aurait ainsi d'aprés eux un virus spécial dont l'activité serait périodique. Leur observation, toutefois, est restée jusqu’à présent isolée.

Par contre l'encéphalite herpétique n'a pu être réalisée chez l’homme. ScanaBez s’inoculant à la lèvre du virus de lapin encéphalitique, n'obtient qu'un herpès labial sans phénomènes généraux dont le liquide vésiculaire reproduit l'encéphalite chezle lapin. Basraï et Busacca n'ayant pas craint d’inoculer le virus herpêétique dans les espaces sous-arachnoïdiens de l'homme n'ont pas pu déterminer l’encéphalite bien qu'ils aient vérifié la longue survie du virus dans le liquide céphalo-rachidien. Les mêmes auteurs n'ont pas été plus heureux avec le virus encéphalitique.

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En somme la participation du névraxe à l'infection herpétique n’a chez l’homme que des bases cliniques qui sont, rappelons:le, l'herpès névralgique de Maurrac, la méningite herpétique (A. PmiziBert) et enfin les réactions cyto - albumineuses du liquide céphalorachidien (Ravaur et RABEAU).

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