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SCHNABEL ont pu montrer que les souches incriminées s'écartaient notablement des virus habituellement considérés comme encéphalitiques et correspondaient soit à des germes visibles (comme celle de Basraï), soit au virus rabique (comme celle de S. PALTAuUr et KORITSCHONER), soit au germe de l'encéphalite épizootique du lapin (comme celles de KziNc, DAvipe et LiLJENQUIST, BuLzL OL1VER et TworT, THALEIMER, STRAUSS, HirscHrezD et LOEWE), soit encore au virus infectieux du cobaye (comme celle d'OTToLENGHI TORRIETTI et ANTONA). La critique des dualistes dans ces conditions ne saurait subsister.
Mais ceux-ci ont alors donné de l'identité des maladies herpétique et encéphalitique du lapin une interprétation particulière. Siles maladies expérimentales du lapin sont à ce point les mêmes c’est qu’elles sont toutes dues au germe de l'herpès et les auteurs qui croient travailler avec des souches encéphalitiques n’ont en réalité entre les mains qu’un germe de contamination fortuite venu fausser leurs résultats et n'ayant rien à voir avec le germe de l’encéphalite.
Dés lors tout s'explique sans peine, pouvoir kératogène du virus, transmission au lapin et au cobaye, grande difficulté des premiers passages suivie d’une transmission en série des plus simples dès que le germg de l'herpès s'est glissé dans les expériences. On sait en effet que les tentatives de transmission de l'encéphalite n'ont été que rarement suivies de succès, 1 fois sur 30 essais au laboratoire de Levaprri, 1 fois sur 44 au laboratoire de DoErr et DZANsKkY, jamais à celui de FLEXNER et Amoss ; qu’à l'heure actuelle nous ne possédons qu'une dizaine de souches encéphalitiques et que la plupart de celles-ci sont sujettes à critique soit que le malade ait présenté un herpès, soit que le contrôle histologique de la maladie manque, soit que le virus ne se soit révélé qu'après le passage dans la
glycérine, soit qu'ils proviennent des cavités nasopharyngées où le virus herpétique lui-même paraît pouvoir se rencontrer.
LEvADiri a expliqué qu'il avait entrepris ses travaux avec le virus encéphalitique avant que l’herpès n'eût été expérimenté dans son laboratoire ; que le virus
herpétique n'existait pas spontanément chez le lapin ;
que les échecs fréquents de transmission de l'encéphalite opposés à la constance des résultats d’inoculation de l’herpès s'expliqueraient par l'époque tardive des prélèvements de la matière virulente chez les encéphalitiques à un moment où le germe est peu abondant et probablement localisé ; que le succès des transmissions après un premier passage devait être considéré comme dû au renforcement du virus arrivant à vaincre l'état réfractaire naturel.
Sans vouloir prendre parti dans cette discussion qui n’est pas close, nous ferons remarquer que l'hypothèse d'une contamination fortuite venue troubler le résultat d'expériences même très bien conduites est d'autant plus plausible que nombre d’affections à virus ont des modes de contagion où le rôle de la véhiculation par l'air serait tout particulièrement fréquent (HAupuroy 1926) et dont le mécanisme en tous cas nous échappe; que le virus de l'herpès est dit-on ubiquitaire ; que la souche de Levapiri provient d'une malade atteinte à 1a fois d'herpès et d'encéphalite ; et qu’enfin il nous
paraît impossible pour le moment de ne pas tenir
compte du très petit nombre de succès dans les tentatives d'isolement de la souche encéphalitique puisque au dire de Levapiri lui-même le nombre de celles-ci n’atteindrait pas la douzaine.
Enfin les dualistes, toujours sur le terrain expérimental, n'admettent pas la démonstration de l'identité des virus par celle de l'immunité croisée chez le lapin. En effet cette immunité croisée ne se vérifie pas chez
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l'homme où il n'existe aucun état réfractaire acquis vis-à-vis de chacune de ces maladies. TEissiER a pu inoculer l'herpès à des encéphalitiques. LAIGNeL, LAVASTINE et LARGEAU ont vu un herpès labial survenir 15 jours après le début d'une encéphalite.
Nous nous rallions volontiers en ce qui nous concerne à cette critique des dualistes. On oublie volontiers de nos jours que les réactions biologiques, qu’il s'agisse d'agglutination, de sérologie ou d’immunité, pour important que soit leur rôle discriminateur, ne sont pas des procédés infaillibles. On connaît la paragglutination, les séroréactions de groupes et demain on fera peut-être une place aux paraimmunités. Pour notre part il ne nous paraît pas prudent de distinguer deux virus aphteux ou d'identifier l’avortement épizootique des bovidés avec la mélitococcie sous le prétexte de l’absence ou dela présence de cette immunité croisée et au mépris de l'étude des lésions et de la ciinique ; et nous accordons plus de confiance à la vieille tradition française fidèle au bon sens clinique qui, il y a plus d’un demi-siècle, a séparé la variole de la vaccine. L’immunité croisée de l'herpès et de l'encéphalite ne saurait avoir qu'une valeur indicative.
Telles sont les argumentations en présence. Comme on le voit le problème est très complexe et demande une documentation plus large : la ressemblance des virus est indéniable, leur parenté n’est pas démontrée et tant que la nature des virus filtrants nous sera inconnue, il semble qu’elle ne puisse l'être que bien difficilement. Nous ferons néanmoins quelques remarques.
D'une part si les études cliniques et expérimentales sont à présent d'accord pour reconnaître l'unité de l’herpés, il est loin d'en être de même pour l’encéphalite à laquelle on veut l'identifier. Celle-ci nous appa-
raît tout au contraire comme très polymorphe dans ses lésions disséminées au mésocéphale, au cortex, aux pédoncules, aux nerfs; aussi bien que dans ses symptômes qui se présentent tour à tour sous le masque de la chorée, celui de la léthargie, du hoquet épidémique, de névralgies, de myoclonies, de paralysies, de parkinsonisme, et l'on se demande s'il s’agit bien là d'une entité morbide ou seulement d'un syndrome qui pourrait peut-être relever de l’herpés, mais aussi dans certains cas de la fièvre aphteuse, de la rage, de la vaccine et sans doute de nombreuses autres causes. En tous cas jusqu’à présent l'unité de l'encéphalite ne repose absolument que sur la notion d'épidémicité et ne possède aucun test biologique.
D'autre part en admettant qu’on pénètre plus avant l'intimité de la structure des virus et qu'on saisisse de nouveaux traits communs à celui de l’herpès et celui qu'on suppose à l'encéphalite, il restera à démontrer qu'on peut bien réellement passer de l’une à l'autre maladie. En effet dans le domaine des microbes, nombre de germes à morphologie semblable comme le bacillus abortus de Banc et le micrococcus mélitensis pour reprendre l'exemple cité plus haut ou comme les tréponèmes de la syphilis et du pian donnent des maladies absolument distinctes et comme le fait remarquer ACHARD les virus peuvent être semblables, les actions pathogènes de l’encéphalite et de l'herpès s'exercent dans des conditions absolument différentes.
En somme on peut dire que la question des rapports de l'herpès et de l'encéphalite reste ouverte et que sa solution devra être demandée non seulement à l'expé-
rimentation comme on l’a fait jusqu'ici, mais encore à
l'anatomie et à la clinique, c'est-à-dire au concours de tous nos moyens d'investigation.