‹ La conversion d'Augustin ThierryChapitre 14 sur 48 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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mériter en quelque facon cette grâce de la conversion, qui, offerte à tant de nos contemporains, n’a pas été rendue par eux efficace, on peut croire que ce fut sa charité. « Il faut, disait-on un jour à Donoso Cortès, qu’il y ait dans votre vie quelque circonstance particulière qui vous ait mérité une telle faveur. » — « Je ne m’en rappelle aucune, » avait-il répondu; puis, se ravisant : « Peut-être, un sentiment a pu y être agréable à Dieu. Je n'ai jamais regardé le pauvre assis à ma porte sans penser que je voyais en lui un frère !. » De même, au curé de Saint-Sulpice, le priant de passer de la croyance à la pratique : «Je vous comprends, répondit Augustin Thierry; déjà, je suis membre des conférences de Saint- Vincent-de-Paul, je viens en aide aux malheureux qui m'implorent; mais, je sens que Dieu me demande autre chose, qu’il faut me réconcilier avec lui par les sacrements. Eh bien! je vous le promets, je me confesserai, je communierai®. »

1. Huguet, Conversions célèbres du dix-neuvième siècle, 3° édit., p. 513.

2. Vie de M. Hamon, p. 248. A la suite de ces paroles, M. Branchereau a joint la note suivante : « M. Augustin Thierry était si bien disposé, que le lendemain il envoya M. Wallon, membre de l’Institut et son ami, chez M. le curé de Saint-Sulpice, pour lui dire qu'il persévérait dans les sentiments qu'il lui avait exprimés et dans la résolution de se confesser.»—Désireux de ne rien rapporter que sur des témoignages directs et authentiques, nous nous sommes adressé à M. Henri Wallon, sénateur, membre de l'Institut, pour lui demander, s’il y avait lieu, la confirmation du fait allégué, avec l'autorisation de l’invoquer à l’appui de la vérité. Il a bien voulu nous honorer d’une réponse ; elle est négative en ce qui le regarde personnellement :

« Petites-Dalles ( Seine-Inférieure).

« Mon Révérend Père,

« Je puis témoigner des sentiments religieux et des sympathies catholiques de mon vénéré confrère Augustin Thierry dans ses dernières années ; mais je suis étranger à la démarche dont il est parlé dans la Vie de M. Hamon, curé de Saint-Sulpice. S'agit-il de M. Jean Wallon, mon homonyme, qui à été aussi en rapport avec l’illustre écrivain ? Je ne saurais le dire. En ce qui me concerne, l’auteur a fait une confusion.

« Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'hommage de mes sentiments respectueux.

« H. WazLon. »

Il ne peut s'agir en effet que de Jean Wallon, le Gustave Colline des Scènes de la vie de Bohéme de Murger; mais il n’était pas de l’Institut. 1 publia vers cette époque : de l’Origine et des conditions du pouvoir (Paris, 1852, in-12), ouvrage hostile à la Révolution et favorable aux idées

Cependant, les soutanes des abbés Hamon et Deguerry n'étaient plus seules à paraître dans l’appartement du boulevard Montparnasse. Un prêtre y avait fait son entrée, que sa propre conversion, ses titres universitaires, sa haute intelligence et son ardeur expansive prédestinaient à exercer sur M. Thierry la principale influence. Restaurateur de l’Oratoire de l’Immaculée-Conception en 1852, avec le P. Pététott, le P. Gratry avait d’abord déployé son zèle à l’École normale, et c’est l’année précédente (1851), qu’aussitôt après sa fière Lettre à M. Vacherot, il venait de donner sa démission d’aumoônier.

Élevé sans religion, grandi dans l’impiété sous des maîtres corrupteurs, Alphonse: Gratry avait conquis la foi, par la prière et la confession. C’était peu avant son admission à l’École polytechnique. Dès lors, son idée constante avait été

de Bonald ; — Premières études de philosophie (Paris,1853, in-18) ; — la Logique de Hégel (Paris, 185%, in-8) ; — le Positivisme ou la foi d'un athée, (extrait de l’Ami de la religion), lréfutation du système d’Auguste Comte (1858, in-8). Il écrivit même à l'Univers, où il fit paraître {n°s des 16 et 26 juin, 2 juillet 1858) trois articles sur la charité conduisant à la foi, à propos des Principes généraux d'une Théodicée pratique, par l'abbé Gabriel (Paris, 1855, in-8). Défenseur d'abord du pouvoir temporel du Pape, puis, après le Concile de 1870, gallican réfractaire et fanatique, il composa vers 1880, divers écrits contre la Compagnie de Jésus, tels que Jésus et les Jésuites (Paris, 1879,in-12) et Un collège de Jésuites (Paris, 1880, in-12). Il mourut en 1882, entre les bras du P. Marote, de l’Oratoire, édifié de sa pieuse fin. Nous devons ce détail à l'extrême obligeance du R. P. Largent.— Sur le rôle de Jean Wallon, comme secrétaire d’Augustin Thierry, voir l’avertissement de la Conquête corrigée (1858). « Pour plus de sûreté, disent les éditeurs, nous nous sommes associé M. J. Wallon, qu'une longue pratique des travaux de M. Augustin Thierry et un attachement dévoué à sa personne désignaient naturellement à notre choix. Répondant à notre appel, il a bien voulu continuer avec nous les soins qu'il donnait déjà, du vivant de M. Thierry, aux volumes en cours d'impression, et sa sollicitude éclairée nous a été d'un grand secours » (p. 2). Le ton violemment hostile à l'Église romaine, de son odieux pamphlet intitulé le Clergé de 89 (Paris, 1876, in-12), ne l'a pas empêché, en tête de sa préface, de rendre témoignage à la conscience presque scrupuleuse apportée par Augustin Thierry dans sa recherche de la vérité historique dès qu’elle touchait aux affaires de l'Église.

1. L'Oratoire, restauré le 16 août 1852 au presbytère de Saint-Roch, dont le P. Pététot était curé, fut rétabli canoniquement en 1864; il changea alors son nom d'Oratoire de l’Immaculée-Conception, en ceux d’Oratoire de France ou de Jésus et Marie,

celle-ci : se servir de la science qui avait failli légarer, pour ramener les autres à la vérité. Lui et Augustin Thierry avaient passé par les mêmes souffrances morales ; ils se comprirent vite. Du premier coup, le grand écrivain lui ouvrit un jour complet sur son âme : « Je suis un rationaliste fatigué, lui dit-i;; je veux entrer dans le sein de l’Église, à l'autorité de laquelle je me soumets!. » Quelques jours après, il le prenait par la main, et en LR Ep du curé de Saint-Sulpice et de deux autres personnes, s'adressant à l’abbé Hamon, il annonçait à celui-ci, « d’un ton ému et souriant », qu'il Lui avait trouvé un successeur : « Monsieur le curé, je vous prends à témoin qu'aujourd'hui j'institue et installe Monsieur l’abbé comme mon directeur de conscience. C’est lui maintenant qui répondra de moi?. »

Je suis un rationaliste fatigué! Sans abdiquer sa raison, ainsi que le remarque Gratry, Augustin Thierry avait repoussé le rationalisme, autant par science que par raison même. Emporté longtemps par les présomptueux espoirs de l'esprit émancipé du dogme, il en avait subi aussi les amères déceptions. Une fois de plus, l’orgueilleuse suffisance de cette raison témérairement réduite aux seules ressources individuelles, aboutissait à l'impuissance.

L’éternelle histoire du prodigue qui secoue par folie de jeunesse le joug salutaire de l'Église, s'était reproduite en lui avec toutes ses phases de chimériques illusions, de douloureuses épreuves et de suprême lassitude. De recherche en recherche et de système en système, il s’en était allé à la poursuite d’une philosophie capable de s'imposer avec certitude en dissipant le doute, de procurer le bonheur en enchaïnant au devoir, et il ne l'avait pas trouvée; ou plutôt il la possédait maintenant avec la foi. « Quelques personnes, disait-il plus tard au P. Gratry, ne comprennent pas ce qui se passe, ni d’où viennent ces nombreux retours à l'Église catholique, malgré tant d’objections et de diflicultés. Cela est très simple. C’est que le catholicisme est la vérité; c'est la vraie religion du genre humain. Les objections prétendues philosophiques ne sont point philosophiques : au contraire,

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