‹ La conversion d'Augustin ThierryChapitre 16 sur 48 · Gratry, p · texte numérisé non relu

Gratry, p

inquiétude et la plus vive opposition ». Maïs une fois la proclamation accomplie, il n’eut plus aux lèvres que ces paroles : « Maintenant l’Église a prononcé; je me soumets à son autorité. » Quant au mode de définition, il l’avait trouvé d’abord inconstitutionnel. Ce scrupule s’évanouit avec la réflexion, et il finit par avouer « qu’il y en avait dans l’histoire de l'Église d’autres exemples ». À son insu, il donnait d'avance une leçon à son directeur, lequel après avoir combattu l’infaillibilité du Pape avec la même chaleur, s’honorera par sa complète et filiale adhésion.

L’attitude de M. Thierry en présence du grand mouvement unitaire qui dès lors entraînait tout vers le centre de l'Église, se traduisant par le retour à la liturgie romaine, présente les mêmes caractères de soumission éclairée et volontaire. On avait tort, pensait-il, de s’effrayer de la centralisation qui s’opérait et de « cette continuelle et plus intime relation de tous les membres avec le chef. Cette tendance, ajoutait-il, me paraît être le mouvement providentiel de l’histoire, et une conséquence naturelle de l’unité croissante du globe. D'ailleurs, l’union croissante n’étouffera pas la liberté ».

Elle l’étouffait si peu que la presse catholique, divisée entre elle, donnait, alors comme maintenant, l’exemple de fâcheuses discussions et de regrettables dissentiments. Lui ne s’en scandalisait, ni même ne s’en formalisait outre mesure : « Je ne vois pas pourquoi l’on s’arrête à la difliculté que l’on tire aujourd’hui de l’état actuel du journalisme religieux. Un homme raisonnable peut-il rendre l'Église responsable de toutes les polémiques qui s'élèvent dans son sein entre particuliers? » Et revenant à ses idées de prédilection sur la solidité des preuves du catholicisme et sur la beauté attrayante de son culte et de sa morale : « D’aucun côté je ne vois aucune bonne raison contre la religion catholique. S'il s’agit des préceptes de l’Église, tout y est bon, raisonnable, salutaire, tout jusqu'aux moindres pratiques :

l’on ne peut en omettre aucune sans avoir à le regretter. On

a tort d’hésiter. IL faut arriver là. La véritable philosophie, la vraie sagesse pratique y conduiront de plus en plus. »

Dans ces dispositions, prier devint un besoin de cette àme naturellement chrétienne.

Au cours de l'été de 1854, où il avait manifesté si nettement sa résolution d’appartenir à l’Église, M. Thierry avait demandé aux Pères Pétélot et Gratry de vouloir bien lui envoyer chaque dimanche un des leurs, afin de lui faire une lecture religieuse. Or, parmi les recrues les plus distinguées du nouvel Oratoire, se trouvait un jeune ecclésiastique, aujourd’hui membre de l’Académie française et évêque d’Autun. L'abbé Adolphe Perraud venait d’être ordonné sousdiacre!. Normalien et agrégé d'histoire, il fut désigné par ses supérieurs, pour remplir auprès du malade cet office de lecteur charitable et intelligent. L'hôtel de la rue du Regard ? était peu distant de la rue Montparnasse; c’était le bon voisinage d'Augustin Thierry, encore plus rapproché du logis suspect de Sainte-Beuve. M. Perraud fut aisément fidèle, deux années durant, au rendez-vous de la semaine.

Quels entretiens furent échangés ? Ce n’est plus le secret du prélat. Remercions-le d’avoir daigné révéler au public, en 1893, quelques-unes des déclarations les plus formelles de l'historien converti, en les opposant avec son éloquence coutumière aux propos impénitents de son collègue défunt, M. Renan. La conversation paraît être tombée plus d’une fois sur les arguments historiques qui militent en faveur du christianisme et, là, leurs esprits se rencontrèrent facilement. Le futur académicien qui devait donner une si haute lecon à Victor Duruy sur la reconnaissance due par la civilisation à la victoire de l’Église, n’avait-il pas remué déjà avec un savant plus docile cette question des bienfaits apportés par la religion chrétienne à la Rome païenne, si superbe en ses triomphes, mais atteinte d’un incurable « mal à l’âme », implacable envers les vaincus et les humbles, impuissante à faire régner la justice et à créer la charité.

C’est dans l’histoire ancienne, en effet, que l’auteur des Récits mérovingiens trouvait les premiers motifs déterminants de sa foi renaissante. Lui, si familiarisé avec les lois de la conquête matérielle, avait compris sur le tard qu’il y eut

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